Mardi 23 mai 2023. L’information tombe : Fret SNCF, c’est fini. Les libéraux européens qui font la loi depuis leurs bureaux feutrés de Bruxelles ont une nouvelle fois gagné. La branche marchandise de la SNCF doit disparaître.
Même si je ne suis pas concerné, cette nouvelle me bouleverse. Je connais plusieurs conducteurs qui travaillent pour Fret et j’imagine leur désarroi, leurs angoisses. Je l’ai vécu dans une certaine mesure à un moment où Eurostar vivait une période difficile. Tout (et n’importe quoi) se disait et s’écrivait sur le futur de mon entreprise, mon futur. J’avais alors le sentiment de ne pas avoir prise sur ce qui se passait, comme si le sol se dérobait sous mes pieds.
Et puis, j’ai, une fois de plus, cette sensation que ce sont toujours les mêmes qui gagnent et imposent leur agenda : celui du profit, encore et toujours. Des bureaucrates à la solde des lobbies décident pour des hommes et des femmes qui travaillent jour et nuit, quel que soit le temps ou la période de l’année. Tout crie à l’injustice. Je suis blessé, une nouvelle fois.
Dans ces moments particuliers, je me sens illégitime à faire de la photographie ferroviaire.
Dans ces moments particuliers, je me sens illégitime à faire de la photographie ferroviaire. J’ai l’impression de collaborer à l’œuvre destructrice en cours. J’ai déjà ressenti cela en 2019, quand la SNCF historique et publique devenait une société anonyme. J’ai alors produit un projet photo dont le texte est toujours en gestation (preuve peut-être de la difficulté d’exprimer mes émotions en la matière). En ce jour de mai, j’ai donc posé mon appareil photo et pris ma plume pour écrire ce texte. J’y déclare mon estime envers les trains de marchandises et, surtout, à celles et ceux qui les conduisent.
Des souvenirs bien vivants
Photographiquement, les poussiéreuses rames de marchandises ont toujours eu ma préférence. Quand certains couraient faire les CC6500 ou les trains des pointes d’hiver, je restais sur les bords des voies de ma Lorraine natale pour immortaliser les dernières BB12000 ou les vaillantes BB25100. Le vacarme de lourds convois, l’odeur typique des tombereaux qui transportent de la ferraille ou les volutes de poussière blanche des rames uniformes chargées de calcaire me faisaient jubiler.
Conduire la nuit ce type de train est mon plus beau fait d’armes en tant que conducteur. Je considère que c’est en tête des trains de marchandises que j’ai le mieux exprimé mon savoir-faire et, accessoirement, pris le plus de plaisir à la conduite. Rien qu’à écrire ces lignes, des tonnes d’anecdotes refont surface. Je me rappelle comment chaque rame avait sa personnalité : un court convoi de bobines d’acier bien lourd qui accélérait de façon impressionnante à l’approche d’Arras, une longue rame de fret diffus (un mélange de wagons différents) oubliée depuis plus d’une semaine dans le triage de Longueau qui provoquait des réactions disproportionnées au moindre écart de conduite ou bien un train de voiture qui ralentissait dès que la traction était coupée à cause des frottements de l’air.
C’est en partie pour rendre hommage aux collègues du fret que j’ai expérimenté la photo nocturne au flash. Cette période est particulière. Les horaires sont difficiles, en décalage complet avec les cycles naturels et les rythmes de la société « normale ». Le corps paye un important tribut à cette cadence inhabituelle. Et pourtant, il y a quelque chose de magique à conduire de nuit. Celles et ceux qui l’ont pratiqué connaissent ce mélange étrange de fatigue et de puissance, à être les seuls êtres à traverser et observer les paysages endormis.
Mes chers collègues, c’est à vous que je dédie cette série de photographies glanées au cours de nombreuses années. La qualité est inégale, mais ce sont autant de souvenirs de ces trains particuliers. J’espère que les choses évolueront pour le mieux pour chacune et chacun.
Si vous n’êtes pas habitué au contenu que je publie sur ce blogue, vous pouvez être étonné par le ton très personnel, engagé et passionné de cet article. Je ne cherche pas ici à vous narrer l’actualité ferroviaire, d’autres le font très bien. Ce blogue discute de photographies et des émotions qu’elles me procurent. Cela rend les images partagées encore plus vivantes.
Utilisation des clichés de cet article
Sauf mention particulière, les photographies de ce site sont sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Cela signifie que vous pouvez librement utiliser ces photos pour votre blog, votre site ou les lier vers un sujet de forum du moment que vous mentionnez mon nom et qu’il s’agit d’une exploitation non commerciale. Dans les autres cas, veuillez me contacter par l’intermédiaire du formulaire de contact. Plus de détails sur Creative Commons France.
Pendant des décennies, les photographes n’ont pas eu d’autre option que de produire des clichés noir et blanc et à cause de la technologie qui existait. La couleur est arrivée avec la pellicule puis la diapositive. Aujourd’hui, nos (coûteux) appareils photo numériques sont équipés de capteurs qui nous permettent d’immortaliser le monde avec des milliers de nuances. Alors quand un auteur propose une vue monochrome d’un sujet ferroviaire, cette démarche est réfléchie.
La plupart du temps, le choix du monochrome se fait pour des raisons spécifiques et pas du tout créatives. Par exemple, lorsque l’on souhaite contrecarrer une balance des blancs douteuse, le passage par le noir et blanc est une solution redoutable. Il en est de même quand on veut donner une ambiance nostalgique à une image (dans le cas d’une locomotive à vapeur ou d’un matériel ancien).
Certains intégristes insistent sur le fait que la seule photographie noir et blanc digne de ce nom est celle sur pellicule. Produire un cliché monochrome à partir d’un support numérique serait une hérésie pure et simple !
De la Photographie ferroviaire contemporaine numérique monochrome
Pourquoi travailler le « monochrome numérique » en 2018 ? Laissez-moi vous expliquer pourquoi les images noir et blanc réalisées par un capteur électronique constituent une démarche créative originale pour la Photographie ferroviaire en ce début de XXIe siècle.
Première raison : les adeptes d’aujourd’hui ont à leur disposition une gamme d’outils importants qui leur permettent de concevoir des vues monochromes impressionnantes. Cela va des reflex équipés de cellules CCD grand format stabilisé (permettant l’obtention de clichés en faible lumière) aux logiciels puissants capables d’exploiter la richesse des fichiers générés. Nik Silver Efex Pro en est un et constitue une véritable chambre noire numérique. Ce programme autorise toutes sortes de manipulations qui étaient possibles dans les labos photo traditionnels. Ces opérations se font à moindre coût financier, mais également environnemental puisque les passionnés n’ont plus à utiliser divers produits chimiques plus ou moins toxiques.
… quand on photographie une personne en couleur, on photographie ses vêtements. En noir et blanc, on photographie leur âme. Je suis […] persuadé que cela est vrai également pour une locomotive…
Au-delà du simple aspect technique, la motivation majeure pour travailler la photographie noir et blanc est « l’esprit monochrome » (une appellation très personnelle). Sans couleurs, on retire une des principales sources de distraction de l’image. On peut alors se concentrer sur le message du cliché et révéler d’innombrables éléments (des formes, des textures…) qui seraient difficilement détectables dans une scène en couleur. En d’autres mots, on met en lumière un monde inconnu au commun des mortels !
Le journaliste canadien Ted Grant a affirmé : « quand on photographie une personne en couleur, on photographie ses vêtements. En noir et blanc, on photographie son âme. » Je suis persuadé que cela est vrai également pour du matériel ferroviaire ou toute autre production industrielle. Prenez l’exemple de la BB26000 ci-dessus. Le traitement monochrome du cliché renforce l’aspect géométrique du sujet : les lignes caractéristiques de la locomotive répondent aux formes anguleuses des wagons.
Une image plus forte en noir et blanc
Sur son blog, Eric Kim (photographe de rue) explique que lorsqu’il photographie en monochrome, il peut plus facilement communiquer et transmettre ses ressentis, ses émotions et ses pensées. Produite sciemment, une vue monochrome renforce de façon importante la vision de son auteur.
J’ai pris le cliché ci-dessus en gare de Marseille–Saint-Charles. En couleur, ce n’est qu’une vue ordinaire d’un TGV Duplex qui est prêt à partir, sous un généreux Soleil provençal. Travaillée en noir et blanc, l’image révèle un fort contraste qui crée une tension visuelle. La rame se transforme alors en une flèche dorée qui pointe vers sa destination. On pourrait même imaginer une évocation du légendaire train « la Flèche d’Or » qui reliait Paris à Londres.
Chacune des photographies présentées dans cet article peut être regardée en détail afin de découvrir comment le traitement monochrome les accentue. Elles sont une invitation à entrer dans l’ère du « Monochrome Digital ». Mais attention, il ne s’agit pas de seulement appuyer sur le bouton « convertir en noir et blanc » de votre logiciel de post-traitement favori. Vous devez vous poser quelques questions. Est-ce que l’image est suffisamment forte en monochrome ? Quel est son contraste ? Quelle est la gamme de tons à l’échelle de l’image en entier ?
Pour être prêt à travailler la Photographie ferroviaire contemporaine en monochrome, je vous invite à lire de nombreux livres, à dévorer les blogues de photographes, de visiter des expositions… et d’expérimenter tout simplement ! Vous ouvrirez alors la porte sur un monde d’infinies possibilités.
Note 2023
Depuis que j’ai changé d’outils pour publier du contenu sur ce site, je remets en forme des textes qui étaient apparus sur la version précédente. Le hasard a fait que j’ai décidé de travailler ce texte au moment où se déroulait à une dizaine de kilomètres de Paris un grand événement ferroviaire. L’AJECTA organisait un rassemblement de matériel historique (machines à vapeur, autorails) sur plusieurs jours. Les amateurs ont afflué en masse et de nombreuses photographies noir et blanc ont inondé les réseaux sociaux. Le syndrome du « passage en niveau de gris » avait encore frappé !
Je trouve dommage qu’en 2023, le monochrome soit toujours et quasi uniquement choisi pour aborder des sujets « vintage ». Quand cela est bien fait (je vous invite à découvrir le travail de Stéphane Janiec sur ce thème), le résultat est très fort. Malheureusement, la plupart du temps, un traitement monochrome est appliqué à des scènes avec des tons voisins et moyens. L’image qui en découle est alors très « plate » et fade. Le noir et blanc a besoin de contraste pour s’exprimer ! Il lui faut des zones sombres et d’autres assez claires.
Bien qu’écrit il y a cinq années, ce texte reste pertinent. Avec la galerie de clichés ci-dessous, il donne des pistes de réflexion sur la façon de faire de la photographie ferroviaire monochrome moderne et originale.
Utilisation des clichés de cet article
Sauf mention particulière, les photographies de ce site sont sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Cela signifie que vous pouvez librement utiliser ces photos pour votre blog, votre site ou les lier vers un sujet de forum du moment que vous mentionnez mon nom et qu’il s’agit d’une exploitation non commerciale. Dans les autres cas, veuillez me contacter par l’intermédiaire du formulaire de contact. Plus de détails sur Creative Commons France.
Au début de l’été 2021, un accident tragique à un passage à niveau a conduit à la fermeture d’un axe fret historique : l’artère nord-est qui relie Valenciennes à Thionville via Charleville-Mézières. Dans ce billet, je vous propose de revenir en texte et en images sur les conséquences de cet événement.
Des circonstances exceptionnelles
L’artère nord-est (ANE) est un axe ferroviaire historique en matière de transport de marchandises. Il relie les ports et houillères du nord de la France aux usines sidérurgiques de Lorraine. Son utilisation s’est avérée primordiale dans la reconstruction du pays après la Seconde Guerre mondiale. Cette importance a conduit la SNCF à l’électrifier en courant alternatif 25000V en 1955, une première sur le territoire français.
Avec l’arrêt de l’activité des industries liées au charbon et à l’acier, le trafic a nettement baissé. L’ANE reste cependant un axe influent pour le fret ferroviaire français et international. Sa coupure inattendue l’a d’ailleurs démontré.
Dans la nuit du 16 juin 2021, un train de produits chimiques a heurté un convoi exceptionnel bloqué à un passage à niveau à proximité de la ville de Liart. Le choc a été si fort que la locomotive et plusieurs wagons ont quitté la voie. Dans l’accident, plusieurs citernes se sont disloquées et ont déversé leur contenu (de l’acide phosphorique). Le conducteur du train a subi de légères blessures. La pollution générée par la collision et les dégâts aux infrastructures ont provoqué la fermeture complète de l’ANE pendant une quinzaine de jours.
Le Service Départemental d’Incendie et de Secours (SDIS) 08 a partagé cette image sur les réseaux sociaux. On peut se rendre compte de l’étendue des dégâts provoqués par cet accident.
Les réponses des entreprises ferroviaires
Même si l’âge d’or de l’ANE fait partie du passé, cet itinéraire est essentiel dans l’acheminement de nombreuses marchandises à un niveau national, mais aussi européen. La fermeture pendant une longue durée a donc obligé les différents opérateurs à faire face et à adapter leurs trafics.
Comme vous pouvez le comprendre en regardant la carte ci-dessus, les perturbations ont touché deux grandes relations. La première relie les zones portuaires de Calais et Dunkerque à la Lorraine (et par extension à l’Allemagne). Il s’agit essentiellement de transports liés à la sidérurgie : alimentation en charbon des usines et échanges de brames et autres bobines (coils dans le vocabulaire des industries de l’acier). Le second flux concerne des dessertes intermodales (conteneurs et remorques de camion) originaires du secteur de Calais et à destination du sud de la France, mais également de l’Espagne ou de l’Italie. Ces échanges sont connus sous le nom d’autoroute ferroviaire et sont du ressort de la SNCF et d’EuroCargoRail (devenue DB Cargo France le 15 septembre 2021). En ce qui concerne ces trains, la parade à la coupure de l’ANE a été de passer par Paris puis l’artère impériale PLM pour rejoindre le parcours normal à partir de Dijon.
Les convois plus lourds ont dû prendre un itinéraire d’évitement par la région parisienne puis la ligne 1 Paris — Strasbourg (avant de bifurquer en direction de Metz à Lérouville pour retrouver les terminus et trajets habituels). Ces relations sont emblématiques de l’ANE. Ils sont les petits enfants des navettes de charbon et de minerai de fer que des locomotives de type CC (14 000 et 14 100) tiraient dans les années 60 et 70. Ce sont eux qui m’ont le plus intéressé. La plus grosse partie des trains concernés étaient du ressort de Fret SNCF. Tous avaient pour origine (ou destination) Grande-Synthe (à côté de Dunkerque) à destination du triage de Woippy, près de Metz, où les convois reprenaient leur trajet normal. Quelques acheminements de Lineas sont venus apporter de la diversité avec l’alimentation en combustible de l’usine de Pont-à-Mousson et du transport de laitier (sous-produit métallurgique formé au cours des différentes fusions d’élaboration) en direction des cimenteries de la région parisienne.
Les premiers rayons du soleil dissipent la brume dans la vallée du Rupt-de-Mad. Le train 72195 Dunkerque — Ebange vient de passer le sectionnement d’Euvezin. Ce convoi est un des plus lourds circulant sur le réseau français.
Pour réaliser le surplus de trafic que cela a généré sur la ligne 1 Paris – Strasbourg, voici deux tableaux comparatifs des circulations. Les convois supplémentaires, déroutés de l’ANE à cause de l’accident, figurent avec un fond vert. Vous remarquerez que certaines relations Sibelit (échanges Belgique — Suisse) apparaissent (fond jaune). Un malheur n’arrivant jamais seul, d’importantes inondations ont endommagé le réseau ferroviaire belge, ce qui a conduit à des détournements additionnels !
Comment profiter de cette augmentation de trafic inespérée ?
Lorsque les détails des détournements ont été disponibles, je me suis dit que la ligne 1 Paris – Strasbourg allait un peu sortir de la torpeur dans laquelle elle est plongée depuis la mise en service du TGV Est-Européen. La circulation de rames lourdes sur un itinéraire que j’apprécie beaucoup était l’occasion de réaliser quelques clichés intéressants.
Mais tout n’allait pas sans problème. Je vous rappelle que ces circulations ont eu lieu en juin et juillet. Cette époque n’est pas vraiment réputée pour ses éclairages de qualité ! J’ai donc décidé de favoriser les débuts et fins de journée (en gros les périodes horaires qui s’étalaient de 5 h 30 à 9 h et de 17 h à 20 h). Autre inquiétude : beaucoup des coins photos que je connaissais, en particulier dans la côte de Loxéville, ont disparu. La faute en revient à Alstom qui a transformé une des voies de la célèbre rampe meusienne en centre d’essai. Plusieurs kilomètres de grillage ont ainsi poussé dans la face ouest de la côte. J’ai donc reporté mon activité du côté de Revigny ainsi que sur la ligne 11 Lérouville — Onville.
Ce surplus de trafic dans des zones géographiques que j’apprécie beaucoup a coïncidé avec mes débuts en photographie aérienne au drone. J’ai eu l’occasion de revisiter des endroits que je fréquente depuis de nombreuses années. Les images produites sont néanmoins marquées des défauts de celles et ceux qui commencent. Je vous demanderai par conséquent d’être indulgent à leur sujet !
Un coup de zoom permet d’apprécier la majesté de cette rame dans les courbes qui précèdent la gare de Nançois-sur-Ornain, dans la côte ouest de la rampe de Loxéville. La BB27074 est chargée du train 71244 Ebange — Dunkerque.
Après plusieurs sorties, je photographiais des « habitués ». Comprenez par là des trains dont le numéro revenait systématiquement dans mon carnet de notes. J’avoue avoir eu deux préférés. Le premier était le mouvement à vide entre Pont-à-Mousson et Dunkerque assuré par Lineas. La grande rame uniforme de trémies latérales était particulièrement belle à mettre en image. Le second était le 72151, un convoi de plusieurs milliers de tonnes tracté par des BB27000 de Fret SNCF en unité multiple. J’admire les collègues conducteurs qui ont emmené ces convois sur des lignes au profil parfois exigeant.
À plusieurs reprises, j’ai dû faire face à une météo capricieuse. D’importantes chutes de pluie ont marqué l’été 2021. La Meuse est ainsi sortie de son lit à de nombreux endroits, ce qui a donné des possibilités d’images aériennes intéressantes. Je dois cependant vous avouer avoir eu beaucoup de chance avec les éclaircies, les trains passant juste au bon moment ! C’est assez rare dans la carrière d’un photographe ferroviaire pour le souligner !
Je dois cependant vous avouer avoir eu beaucoup de chance avec les éclaircies, les trains passant juste au bon moment !
Toujours est-il que j’ai cherché au maximum à placer les circulations en contexte. Je ne voulais pas simplement illustrer des convois dans des paysages anonymes. Quel intérêt avais-je à faire cela ? Je me suis donc concentré sur les lieux de prise de vue, les mettant en avant, quitte à sacrifier la qualité de l’éclairage du train pour y arriver.
La BB27091 est photographiée à quelques kilomètres à l’est de Révigny. Elle assure un train de brames d’acier embarqués sur des wagons plats « de base ».
Les détournements ont duré un peu plus d’un mois. Pendant cette période, j’ai réussi à faire sept sorties photo. Mes critères de composition ont fait que je n’ai ramené qu’un nombre restreint d’images (j’assume complètement ce choix et cela risque même de devenir une de mes marques de fabrique à l’avenir). J’ai le plaisir de vous partager ma récolte dans une galerie à la fin de ce billet. Je suis très heureux de la qualité des photographies proposées. Au départ, cela n’était pas évident vu les conditions lumineuses et météorologiques d’un début d’été.
La ligne 1 (Paris — Strasbourg) est sortie de sa torpeur pendant quelques semaines. Quelques souvenirs me sont revenus en mémoire à mesure que je foulais les chemins qui m’étaient habituels du temps des rames Corail. J’ai constaté beaucoup de changements, et pratiquement tout le temps dans le mauvais sens (les grillages qui poussent, qui poussent). Le drone m’a cependant permis de dévoiler des paysages que j’ignorais. Je redécouvre ainsi ma région natale. Je compte bien en profiter pour en faire de même dans d’autres secteurs géographiques (dans la mesure des espaces autorisés au vol, ce qui n’est pas une mince affaire vu les zones militaires dans le Grand Est).
Utilisation des clichés de cet article
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La cadre dans le cadre, un classique de la photographie
Avant de dire quelques mots sur quelques membres de cette série, je vais m’attarder sur le côté technique du thème de cet album. La composition est particulière. En effet, j’ai utilisé les contours des vitres avant ou latérales pour créer un nouveau cadre dans l’image. Cela a pour effet de diriger encore plus le regard de l’observateur·ice sur le sujet principal.
Je partage avec vous un extrait du livre « Composition » de David Präkel publié en 2006 aux éditions La Compagnie du Livre.« Quand nous prenons une photo, nous cadrons une partie du monde réel. Les peintres créent un second cadre à l’intérieur du cadre de la toile et les photographes y ont aussi trouvé une riche inspiration technique, en l’appelant “l’image dans l’image”. […] Un élément de cadrage au premier plan ajoute de la profondeur du premier au dernier plan d’une image, par exemple, des branches d’arbre sont les éléments de cadrage dans le cadre les plus employés dans la photo de paysage. Ce genre de cadrage peut faire cliché s’il n’est pas utilisé intelligemment.»
Dans le chapitre d’où est tiré cet extrait, on peut également lire une citation du conservateur et critique photo John Szarkowski. « La photographie est un système d’édition visuelle. Au fond, c’est un environnement dans un cadre, une portion d’une vision conique, en se tenant à la bonne place au bon moment. »
La technique du cadre dans le cadre nous rappelle finalement le travail de composition du photographe. Elle évite de procéder à la création d’un contour en post-traitement pour mettre en valeur le sujet.
Éviter la monotonie de ce genre de composition
David Präkel insiste bien dans ses propos sur le risque lié à l’abus de genre de technique. La difficulté est d’autant plus grande lors d’une présentation sous forme de galerie comme je le fais ici. Le fait de mettre « en paquet » toutes les images peut rapidement conduire à la monotonie. En d’autres mots, vous pourriez passer à autre chose si je ne sélectionnais pas mes images à montrer ! J’ai donc pris soin de varier les types de cadres proposés, sachant que le thème est un regard par la fenêtre de la locomotive.
Je vais m’attarder sur deux photographies de cette série que j’apprécie particulièrement. Le premier regard est celui des BB22200 observées depuis… une autre BB22200. La forme spécifique du pare-brise des locomotives appelées « nez cassés » (BB6500, 7200, 15 000, 21 000 ou 22 200) est idéale pour une composition du genre « cadre dans le cadre ». En effet, son emploi donne une touche inhabituelle à la photographie. Nulle part ailleurs, vous ne trouverez un tel contour. Nous sommes là dans un indice fort de l’environnement ferroviaire du cliché.
La seconde image que je souhaite commenter est celle prise en gare de Bruxelles où vous pouvez voir une rame ICE prête au départ pour Francfort. Ici, le cadre en lui-même possède un contenu, les divers éléments du pupitre. J’aurais pu éteindre la lumière de la cabine et ainsi me retrouver avec un aspect identique aux autres images. J’ai choisi au contraire d’éclairer la scène afin d’ajouter un second niveau de lecture à la composition. Une sous-exposition permet cependant de mettre en valeur le sujet principal, la rame allemande. Avec tous ces éléments, vous avez suffisamment d’informations pour vous créer une petite histoire et, pourquoi pas, laisser vagabonder votre imagination (je reviendrai sur ce thème dans un futur billet).
Avant de vous laisser découvrir cette série d’images, je partage avec vous une dernière considération technique. Comme vous pouvez le deviner, les cabines de conduites sont exiguës et n’offrent que peu de recul. L’emploi d’un objectif grand angle est dès lors obligatoire. Sachez que j’ai corrigé les perspectives lors du traitement sous Lightroom. Enfin, la vue réalisée en ligne a été faite durant un stage pratique d’un collègue qui acquérait les compétences sur BB22200. Cela explique l’axe décalé par rapport au centre du pare-brise.
Utilisation des clichés de cet article
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La page de l’année 2020 est tournée. Contre toute attente, cette année nous aura fait vivre des moments particuliers. Elle aura mis en valeur l’incompétence des personnes qui nous gouvernent et nous aura placé chacune et chacun face à nous-mêmes. Malgré les désagréments liés aux confinements successifs et à la baisse de ma rémunération à la suite du quasi-arrêt des circulations ferroviaires entre la France et le Royaume-Uni, 2020 ne sera pas un aussi mauvais souvenir en ce qui me concerne. Photographiquement, je n’ai pas vraiment pu faire tout ce que j’avais planifié, mais ce que j’ai fait est de très belle qualité. Je vous propose de revenir sur ces points marquants.
Les trains de Londres
Le gros projet de 2020 portait sur les trains dans la ville de Londres. Mes visites régulières dans la capitale britannique m’ont donné l’envie de réaliser un essai photographique sur la place particulière qu’a le chemin de fer dans la ville. J’étais également motivé par le fait que la revue américaine Trains Magazineproposait un concours sur le thème de « la ville et le train ». J’avais là l’occasion de faire « une pierre, deux coups » comme le dit le dicton.
J’ai commencé des séances photos rythmées par les coupures dans mes journées de service. Je suis allé aux abords de la gare de Londres Paddington et Clapham Junction. J’ai aussi fait quelques repérages dans des secteurs plus urbains de Londres.Le premier confinement a stoppé cet élan ainsi que la baisse drastique du nombre des Eurostar et donc de mes disponibilités à Londres. Au moment d’écrire ces lignes (début 2021), la situation est loin d’être rétablie. Dans le meilleur des cas, ce n’est qu’en juin 2021 qu’un service plus étoffé devrait être mis en place. Autant vous dire que mon essai photographique est mis en sommeil !
Malgré cette situation, je suis très heureux des images que j’ai ramenées. Certaines traduisent bien l’atmosphère (vous savez combien j’apprécie cela dans les photographies) britannique. Par exemple, ma visite à Clapham Junction s’est faite par temps pluvieux. Cette météo a marqué mes clichés et a renforcé le côté sombre des habitations en briques grises. Un post-traitement monochrome de certaines vues m’a permis de faire ressortir cet aspect. Si vous regardez attentivement, vous verrez que j’ai fait des images contrastées et noires. Je me suis inspiré des travaux de photographes britanniques (Colin T. Gifford) pour réaliser ces noirs et blancs. Les noirs intenses s’accommodent plutôt bien des paysages d’Outre Manche.
La nuit, les trains ne sont (toujours) pas gris
Le deuxième objectif de l’année 2020 était d’immortaliser les collègues conducteurs qui travaillent de nuit, en tête de train de marchandises ou de voyageurs. J’envisageais même de me déplacer et de changer de régions. Bien évidemment, les restrictions de mouvement, plus le fait que je ne possède pas de voiture (j’en loue une pour mes déplacements) ont largement calmé mes ambitions ! J’ai cependant réussi à cumuler quelques nuits assez productives. En fin de compte, j’ai ramené peu d’images, mais de bonne qualité.
Vous avez d’ailleurs peut-être déjà vu ces images qui ont été assez populaires et partagées. Je dois avouer que c’est assez plaisant d’avoir des retours sur son travail par des canaux qui ne sont pas ceux qui sont habituels. Quelques collègues m’ont ainsi félicité aux détours des foyers de découcher ! Mais cette notoriété m’a également valu quelques déboires de la part de cheminots et de « passionnés ». J’ai eu droit à des noms d’oiseaux et des menaces de dénonciations aux autorités compétentes. À l’heure des réseaux sociaux et de la disparition des « filtres », beaucoup de gens n’ont plus peur de rien derrière le relatif anonymat des écrans d’ordinateur.
Je prends ces « menaces » au sérieux et cela explique pourquoi je me concentre sur les trains de collègues pour mes images nocturnes. Il est clair que ces comportements de plus en plus fréquents sont un frein à mes productions ferroviaires (et pas uniquement de nuit).
Une grosse baisse de motivation
J’ai profité du premier confinement (en France) pour proposer des « stories » sur Instagram. J’ai partagé mes lectures et mes découvertes sur le web. J’ai également publié ma newsletter de façon régulière en m’appliquant à offrir un contenu de qualité et qui pouvait servir de source d’inspiration aux lectrices et lecteurs. Tout ceci m’a demandé un travail conséquent de documentation et de réalisation.
Malheureusement, tous ces efforts ne m’ont conduit qu’à très peu de retours. Le nombre d’inscrit à la newsletter, par exemple, est resté ridiculement bas. La fréquentation du site n’a jamais été aussi faible. Les rares sujets populaires sont ceux qui ont un parfum de « trains d’autrefois ». Dès que j’essaie de mettre en avant une opinion, un concept photographique différent ou une réflexion, la quantité de vues devient minimale. Et quand je découvre certains blogues avoir des milliers de visites et surtout de nombreux commentaires grâce à des images toutes pourries de matériel en nouvelle livrée ou d’acheminements exotiques, ma motivation en prend un grand coup.
Voilà l’explication de l’arrêt des envois de la newsletter et des publications sur le site. Cela s’est même traduit par une diminution de mes lectures ferroviaires. Mon intérêt se porte de plus en plus vers l’astronomie, une passion de jeunesse. Le monde ferroviaire et ses fanas ne m’attirent plus vraiment. J’ai cependant pris la plume pour rédiger ce billet, cela signifie peut-être que tout n’est pas perdu !
Et pour 2021 ?
Vous aurez compris qu’en ce début d’année, je suis assez indécis. J’espère pouvoir continuer à produire des images nocturnes. Car même si le rendement de telles réalisations est faible, le résultat est toujours très satisfaisant. Satisfaisant pour moi, mais également pour le ou la collègue qui a été modèle. J’aimerais aussi maintenir le blogue en vie, à écrire des histoires. Je vais probablement créer un chapitre consacré à l’astronomie, dans le but de partager mes explorations stellaires.
Pour terminer ce billet, je vais reprendre une phrase extraite d’un jeu vidéo que je découvre en ce début d’année ? Dans Disco Elysium, le personnage principal à l’occasion de peindre un mur dans une ville délabrée. Plusieurs choix s’offrent au joueur. J’ai écrit « quelque chose de merveilleux va arriver ». Voilà ce que je souhaite à toutes et tous, humains et non-humains, pour cette nouvelle année.
Utilisation des clichés de cet article
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Cette vue fait partie d’essais réalisés durant une récente série de sorties aux abords des voies. Dans mon travail photographique, je souhaite intégrer de plus en plus le train (et les infrastructures qui lui sont liées) dans le paysage, dans le contexte géographique. Quand la ligne de chemin de fer traverse les Montagnes Rocheuses ou le désert de l’Atacama, la grandeur du décor suffit à sublimer le sujet. Je pense même qu’on doit alors raisonner en photographe de paysage dans de telles circonstances.
Mais que faire face à la « platitude » de certains panoramas ? Comme ici, dans les plaines agricoles de l’ouest de la Lorraine ?
La réponse à ces questions, je l’ai en partie trouvée dans plusieurs articles de Railroad Heritage, la revue du Center for Railroad Photography and Art(CRPA). Plusieurs textes abordent le thème « Railroads and the Art of Place » (que je traduirais maladroitement par « les chemins de fer et l’art de leur environnement »). Un des auteurs présente sa vision de la photographie au Texas, un état des États-Unis sans véritable relief imposant.
J’ai donc cherché ici à mettre en valeur le paysage traversé par la ligne reliant Paris à Metz. Ce train de fret est une première approche de la thématique. Je ne suis pas complètement satisfait du résultat à cause de la végétation qui obstrue le bas de caisse de la locomotive.
Le post-traitement monochrome est volontairement marqué. Il fait entièrement partie de la démarche. En retirant l’information couleur, j’enlève la distraction que les teintes apportent. Il ne reste alors plus que « l’essence » du lieu. Même s’il s’avère assez banal en fin de compte.
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