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  • Itinéraires Créatifs : Londres en monochrome

    Itinéraires Créatifs : Londres en monochrome

    Londres — Novembre 2021

    Ces six photographies sont nées d’un « exercice imposé ». Elles révèlent une variété d’instants dans mon quotidien professionnel, mais également lors d’une promenade dans la capitale britannique. Elles dévoilent mon intérêt pour les éclairages intenses à travers ces six scènes monochromes à fort contraste.

    La recherche de points de vue avec de grosses différences de lumière, tel était le fil directeur de cet exercice d’une durée de deux heures trente environ. Pourquoi ai-je choisi ce sujet ? Tout simplement parce que les compositions avec de telles caractéristiques d’éclairage sont très puissantes en noir et blanc. La juxtaposition de zones très sombres et de zones claires produit une tension visuelle captivante. J’ai particulièrement accentué les espaces foncés lors du post-traitement. J’aime cette teinte qui est porteuse d’intensité et de profondeur.

    La force du noir en photographie monochrome réside dans sa capacité à façonner l’émotion et à ancrer chaque image dans une atmosphère singulière. Il joue le rôle de cadre, délimitant et mettant en valeur chaque détail, tandis que la lumière, tel un révélateur, éclaire certains points d’intérêt, créant ainsi des contrastes frappants.

    Cette série est bien plus qu’une simple collection de clichés : elle est le résultat d’une exploration artistique guidée par un objectif particulier. Chaque image raconte sa propre histoire et l’absence de couleur vous permet de n’avoir à l’esprit que l’essentiel, « l’âme » de la scène photographiée.

    Silhouette d'un homme sur le quai de la gare de Londres St Pancras.

    Fin de service

    Dans un silence empreint de mélancolie, un agent quitte son train. Les lumières tamisées de la gare de Londres St Pancras jettent des ombres délicates sur son passage. Ses pas résonnent sur le quai désert, le reflet d’un labeur accompli et la promesse d’un repos mérité.

    Détail de la marquise le gare de Londres Paddington et reflet sur le toit d'une automotrice.

    Rondeurs en gare de Paddington

    Les courbes gracieuses des rames du GWR s’entremêlent avec la majesté architecturale de la marquise de la gare de Londres Paddington. Nous avons là un ballet silencieux entre métal et verre, un dialogue muet où les formes se répondent, créant une symphonie visuelle.

    Photo d'un pupitre de locomotive avec une main sur l'accélérateur

    Retenir la machine

    Le contraste saisissant entre les ombres et la lumière met en scène la main du conducteur. Dans ce jeu de silhouettes, sa main semble contrôler la puissance de la machine. Les doigts maîtrisent la force vive du train, une fraction de seconde suspendue dans l’éternité de l’image.

    Scène de rue à Londres où on peut voir un taxi et plusieurs bus à deux étages.

    ADN londonien

    Les bus à deux étages et le taxi aux formes caractéristiques posent le décor d’une ville de Londres intemporelle. Leurs lignes familières, empreintes de l’ADN de la Ville, se fondent dans le mouvement perpétuel de la cité. Le temps d’un instant figé sur le capteur, la poésie du quotidien se révèle aux yeux du photographe.

    Un bâtiment délabré est éclairé alors que le reste de la scène est dans l'ombre.

    Brèche de lumière

    Une brèche de lumière traverse l’obscurité, révélant les formes géométriques d’un bâtiment délabré. Dans cet éclair fugace, l’édifice se détache du reste de la scène comme un croissant de lune dans un paysage nocturne. La lumière, sculptrice d’ombres, crée un tableau énigmatique et mystérieux.

    Pose longue à l’intérieur d'un tunnel ferroviaire

    Effet Tunnel

    Depuis la cabine de conduite, le tunnel défile dans un ballet d’ombres et de lumières. La pose longue capte l’élan du train, tandis que l’obscurité engloutit la maigre réalité. C’est un voyage entre deux mondes, où l’obscurité et la lumière dansent en une symphonie envoûtante.

    Utilisation des clichés de cet article

    Sauf mention particulière, les photographies de ce site sont sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Cela signifie que vous pouvez librement utiliser ces photos pour votre blog, votre site ou les lier vers un sujet de forum du moment que vous mentionnez mon nom et qu’il s’agit d’une exploitation non commerciale. Dans les autres cas, veuillez me contacter par l’intermédiaire du formulaire de contact. Plus de détails sur Creative Commons France.

    Je crois en une transparence totale en ce qui concerne mes pratiques de modification d’images. Pour certaines photographies présentes sur ce site, j’ai utilisé la fonction Generative Fill d’Adobe Photoshop. Cette fonctionnalité me permet de transformer les photos en ajustant le format, en ajoutant ou en supprimant des éléments de manière créative. En incluant la notation [AdGF] dans mes légendes, je vous informe que j’ai recouru au Generative Fill pour cette image.

  • Photographie monochrome et matériel moderne, une contradiction ?

    Photographie monochrome et matériel moderne, une contradiction ?

    Pendant des décennies, les photographes n’ont pas eu d’autre option que de produire des clichés noir et blanc et à cause de la technologie qui existait. La couleur est arrivée avec la pellicule puis la diapositive. Aujourd’hui, nos (coûteux) appareils photo numériques sont équipés de capteurs qui nous permettent d’immortaliser le monde avec des milliers de nuances. Alors quand un auteur propose une vue monochrome d’un sujet ferroviaire, cette démarche est réfléchie.

    La plupart du temps, le choix du monochrome se fait pour des raisons spécifiques et pas du tout créatives. Par exemple, lorsque l’on souhaite contrecarrer une balance des blancs douteuse, le passage par le noir et blanc est une solution redoutable. Il en est de même quand on veut donner une ambiance nostalgique à une image (dans le cas d’une locomotive à vapeur ou d’un matériel ancien).

    Certains intégristes insistent sur le fait que la seule photographie noir et blanc digne de ce nom est celle sur pellicule. Produire un cliché monochrome à partir d’un support numérique serait une hérésie pure et simple !

    De la Photographie ferroviaire contemporaine numérique monochrome

    Pourquoi travailler le « monochrome numérique » en 2018 ? Laissez-moi vous expliquer pourquoi les images noir et blanc réalisées par un capteur électronique constituent une démarche créative originale pour la Photographie ferroviaire en ce début de XXIe siècle.

    Première raison : les adeptes d’aujourd’hui ont à leur disposition une gamme d’outils importants qui leur permettent de concevoir des vues monochromes impressionnantes. Cela va des reflex équipés de cellules CCD grand format stabilisé (permettant l’obtention de clichés en faible lumière) aux logiciels puissants capables d’exploiter la richesse des fichiers générés. Nik Silver Efex Pro en est un et constitue une véritable chambre noire numérique. Ce programme autorise toutes sortes de manipulations qui étaient possibles dans les labos photo traditionnels. Ces opérations se font à moindre coût financier, mais également environnemental puisque les passionnés n’ont plus à utiliser divers produits chimiques plus ou moins toxiques.

    … quand on photographie une personne en couleur, on photographie ses vêtements. En noir et blanc, on photographie leur âme. Je suis […] persuadé que cela est vrai également pour une locomotive…

    Au-delà du simple aspect technique, la motivation majeure pour travailler la photographie noir et blanc est « l’esprit monochrome » (une appellation très personnelle). Sans couleurs, on retire une des principales sources de distraction de l’image. On peut alors se concentrer sur le message du cliché et révéler d’innombrables éléments (des formes, des textures…) qui seraient difficilement détectables dans une scène en couleur. En d’autres mots, on met en lumière un monde inconnu au commun des mortels !

    Train de marchandise derrière une BB26000

    Le journaliste canadien Ted Grant a affirmé : « quand on photographie une personne en couleur, on photographie ses vêtements. En noir et blanc, on photographie son âme. » Je suis persuadé que cela est vrai également pour du matériel ferroviaire ou toute autre production industrielle. Prenez l’exemple de la BB26000 ci-dessus. Le traitement monochrome du cliché renforce l’aspect géométrique du sujet : les lignes caractéristiques de la locomotive répondent aux formes anguleuses des wagons.

    Une image plus forte en noir et blanc

    Sur son blog, Eric Kim (photographe de rue) explique que lorsqu’il photographie en monochrome, il peut plus facilement communiquer et transmettre ses ressentis, ses émotions et ses pensées. Produite sciemment, une vue monochrome renforce de façon importante la vision de son auteur.

    TGV en gare de Marseille

    J’ai pris le cliché ci-dessus en gare de Marseille–Saint-Charles. En couleur, ce n’est qu’une vue ordinaire d’un TGV Duplex qui est prêt à partir, sous un généreux Soleil provençal. Travaillée en noir et blanc, l’image révèle un fort contraste qui crée une tension visuelle. La rame se transforme alors en une flèche dorée qui pointe vers sa destination. On pourrait même imaginer une évocation du légendaire train « la Flèche d’Or » qui reliait Paris à Londres.

    Chacune des photographies présentées dans cet article peut être regardée en détail afin de découvrir comment le traitement monochrome les accentue. Elles sont une invitation à entrer dans l’ère du « Monochrome Digital ». Mais attention, il ne s’agit pas de seulement appuyer sur le bouton « convertir en noir et blanc » de votre logiciel de post-traitement favori. Vous devez vous poser quelques questions. Est-ce que l’image est suffisamment forte en monochrome ? Quel est son contraste ? Quelle est la gamme de tons à l’échelle de l’image en entier ?

    Pour être prêt à travailler la Photographie ferroviaire contemporaine en monochrome, je vous invite à lire de nombreux livres, à dévorer les blogues de photographes, de visiter des expositions… et d’expérimenter tout simplement ! Vous ouvrirez alors la porte sur un monde d’infinies possibilités.

    Note 2023

    Depuis que j’ai changé d’outils pour publier du contenu sur ce site, je remets en forme des textes qui étaient apparus sur la version précédente. Le hasard a fait que j’ai décidé de travailler ce texte au moment où se déroulait à une dizaine de kilomètres de Paris un grand événement ferroviaire. L’AJECTA organisait un rassemblement de matériel historique (machines à vapeur, autorails) sur plusieurs jours. Les amateurs ont afflué en masse et de nombreuses photographies noir et blanc ont inondé les réseaux sociaux. Le syndrome du « passage en niveau de gris » avait encore frappé !

    Je trouve dommage qu’en 2023, le monochrome soit toujours et quasi uniquement choisi pour aborder des sujets « vintage ». Quand cela est bien fait (je vous invite à découvrir le travail de Stéphane Janiec sur ce thème), le résultat est très fort. Malheureusement, la plupart du temps, un traitement monochrome est appliqué à des scènes avec des tons voisins et moyens. L’image qui en découle est alors très « plate » et fade. Le noir et blanc a besoin de contraste pour s’exprimer ! Il lui faut des zones sombres et d’autres assez claires.

    Bien qu’écrit il y a cinq années, ce texte reste pertinent. Avec la galerie de clichés ci-dessous, il donne des pistes de réflexion sur la façon de faire de la photographie ferroviaire monochrome moderne et originale.
















































    Utilisation des clichés de cet article

    Sauf mention particulière, les photographies de ce site sont sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Cela signifie que vous pouvez librement utiliser ces photos pour votre blog, votre site ou les lier vers un sujet de forum du moment que vous mentionnez mon nom et qu’il s’agit d’une exploitation non commerciale. Dans les autres cas, veuillez me contacter par l’intermédiaire du formulaire de contact. Plus de détails sur Creative Commons France.

  • Une heure à Paddington

    Une heure à Paddington

    Au mois de février 2023, j’ai profité de temps libre pour prendre des photos du côté de la gare de Londres Paddington. Ce n’était pas ma première rencontre avec ce bâtiment à l’architecture victorienne majestueuse. Je peux dire sans difficulté que Paddington est le terminal ferroviaire que j’apprécie le plus dans la capitale britannique. Certes, il n’y a plus les rames diesel InterCity 125 qui faisaient vibrer les murs de ce vieil édifice comme à mes premières visites. Mais le charme opère toujours sur moi.

    Je suis donc allé sur un terrain familier. Deux particularités ont cependant teinté cette visite : j’effectuais là ma première véritable sortie de photo ferro depuis le vol de mon matériel en novembre. Et c’était l’occasion de découvrir la nouvelle ligne de métro de la capitale, l’Elizabeth Line.

    Une nouvelle ligne au cœur de la ville

    L’Elizabeth Line est la dernière ligne du métro londonien. Elle a le nom de « purple Line » et cette dominante violette se trouve également sur le matériel roulant. Ce n’est pas un métro traditionnel, mais bien une ligne de chemin de fer à part entière. Elle se compare aux RER qui sillonnent Paris.

    CC David Arthur (CC BY-SA 2.0)

    La construction de cette infrastructure a été longue et coûteuse. Les travaux ont débuté en 2009 et la mise en service était prévue en 2018. Elle s’est finalement faite par étape en 2015, 2018 et 2022. Au moment de ma visite en février 2023, l’interconnexion n’était toujours pas réalisée à 100 %.

    Les stations situées au centre de la ville sont de véritables cathédrales souterraines. La plupart regorgent d’occasions créatives pour les photographes. Vous en découvrirez des exemples dans la galerie d’images de ce billet.

    Retour à la créativité ferroviaire

    Le vol dont j’ai été victime au mois de novembre 2022 a été un frein à mon activité photographique et créative. Cela l’a été plus que je l’imaginais au départ. Les démarches auprès des assurances ont pris du temps et l’incapacité matérielle m’a empêché de travailler bien des sujets.

    Le vol dont j’ai été victime […] a été un frein à mon activité photographique et créative.

    Cette visite à Paddington a donc été la première véritable occasion de renouer avec mes projets. Pour ce faire, j’avais équipé mon boîtier Sony A7-3 avec un objectif Minolta de 50 mm. Ce dernier est la première focale fixe que j’ai achetée à mes débuts en photographie de train. J’exploite une découverte créative trouvée en 2006 lors d’un voyage aux États-Unis : l’emploi de l’ouverture maximum crée un cliché doux et rempli d’imperfections. Je reviendrai en fin d’année sur cette heureuse « erreur de réglage » puisque je mène un projet à ce sujet sur plusieurs mois.

    J’ai également utilisé un iPhone 13 pour compléter cette série. Les images ainsi produites ont été traitées directement sur le téléphone avec la version portable d’Adobe Lightroom.

    Je vous laisse découvrir le résultat de cette promenade qui a duré moins d’une heure avec une galerie d’images. Étant dans un lieu familier et mainte fois visité, j’ai eu du mal à « démarrer la machine créative ». J’ai cependant réussi à trouver l’inspiration en m’obligeant à inclure des individus dans les scènes photographiées.














































    Utilisation des clichés de cet article

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  • Clapham expérimental

    Clapham expérimental

    La gare de Clapham Junction est située dans la banlieue sud de Londres, à la convergence de plusieurs lignes ferroviaires dont les principales ont comme origines Londres — Victoria et Londres-Waterloo. Trois compagnies distinctes assurent les dessertes : Southern, South Western Railway et London Overground. Les rames du Gatwick Express passent sans marquer l’arrêt. En moyenne, cent vingt trains circulent chaque heure. En période de pointe, ce chiffre monte à cent quatre-vingts ! Clapham Junction détient d’ailleurs le titre de « gare la plus fréquentée d’Europe en nombre de trains (y compris sans arrêt) ».


    Carte des installations ferroviaires de Clapham Junction.

    Mais ce qui rend Clapham encore plus incroyable pour le passionné continental que je suis, c’est que la quasi-totalité des circulations est alimentée en énergie électrique grâce à un troisième rail. Ici, les caténaires ou les poteaux disgracieux ne gênent pas le photographe. De plus, la gare fait partie de la zone tarifaire 2. Son accès depuis le centre de Londres est rapide et peu coûteux. Clapham Junction est donc un de mes endroits préférés de la capitale britannique pour faire de la photo de train. En 2020, j’y ai même commencé un projet qui avait pour but de dresser le portrait du milieu ferroviaire londonien d’une façon générale. Cette entreprise n’a malheureusement pas abouti à cause de la crise de la COVID-19 et des confinements successifs.

    Une atmosphère créative

    Il existe des lieux où je « sens » la présence d’un fort potentiel créatif. Le secteur de la gare de Clapham Junction est un de ces endroits. Ce ressenti particulier s’explique peut-être par un « déracinement culturel ». Tout ici « crie » le Royaume-Uni : l’univers ferroviaire, bien sûr, avec cette abondance d’automotrices alimentées par un troisième rail (un cas unique au monde pour une exploitation à cette échelle). Et puis, il y a les habitations en briques sales, la présence d’un dépôt de bus rouges à deux étages et même un collège privé (avec tout l’imaginaire qui va avec : les uniformes des élèves, le jardin et les bâtiments dignes d’un film d’Harry Potter).

    l’absence de caténaires, qui enferment la voie ferrée et les trains, donne un sentiment de liberté en transformant chaque endroit avec vue sur les rails en un potentiel coin photo

    Tout est inhabituel et les sens du photographe sont exacerbés. Nous sommes à quelques heures de Paris à peine, et les impressions sont celles d’un continent lointain. Et puis l’absence de caténaires, qui enferment la voie ferrée et les trains, donne un sentiment de liberté en transformant chaque endroit avec vue sur les rails en un potentiel coin photo. Plus besoin de jouer avec la multiplicité des ombres ou trouver l’angle idéal pour placer correctement un train entre des poteaux. Les possibilités sont nombreuses et faciles.

    Vue globale de la gare de Clpaham Junction.
    Cette vue permet d’apprécier l’architecture de la gare de Clapham Junction ainsi que les voies 12 à 17 que deux trains de la compagnie Southern desservent.

    Clapham expérimental

    Ma visite de ce mois d’août 2022 n’avait pas qu’un but touristique. Je souhaitais travailler ma créativité photographique selon deux axes principaux. Le premier était le thème du flou (et son contraste par rapport au net) et le second, une recherche d’inclusion plus importante de la végétation dans mes clichés ferroviaires. Vous apprendrez un peu plus loin dans ce texte que ces deux axes de réflexion n’étaient pas le fruit du hasard.

    Le flou dans la photographie ferroviaire est un thème qui me passionne depuis plusieurs années déjà. Le flou est généralement synonyme de mouvement, et ce dernier est l’essence même de l’univers des chemins de fer. Son absence est d’ailleurs un indice de dysfonctionnement. Dans cette série, j’ai choisi de travailler le flou-filé sous de multiples formes. Je me suis efforcé à suivre les trains avec poses à très faible vitesse (jusqu’à 1/10 s). De l’extérieur, mon allure devait ressembler à celle d’un danseur et les passants m’ont probablement pris pour un photographe excentrique ! Cet exercice m’a permis de réaliser que les lettres, chiffres ou mots ressortaient amplifiés dans le cliché final. C’est le cas de la livrée la plus récente des rames de la South Western Railway qui comprend un gros logo SWR. Le choix d’en décorer les flancs des automotrices est vraiment intelligent, car l’impact visuel est fort.

    Les premières fois que j’ai regardé des images de train réalisées par des artistes japonais, j’ai été frappé par la présence de la végétation. Fleurs, arbres et forêts constituent des décors de choix. J’ai cherché à en savoir plus et à comprendre cette démarche. L’été 2022 a été marqué par la lecture du livre « la belle photographie de paysage ferroviaire (極上の鉄道風景写真術) » de Hirokazu Nagane. L’auteur y présente des « recettes » et différents thèmes. Et quoi de plus formateur que de reproduire, ou plutôt interpréter à ma façon de telles images ?

    Les exemples que vous allez découvrir sur ce sujet sont les tout premiers que je produis. Ils manquent de force et d’originalité. Ils manquent surtout de ma « patte ». Ils ne sont, après tout, que des applications de techniques apprises lors de mes recherches. Je suis dans le processus d’assimilation du concept, et de sa traduction dans mes photos. Comment ce thème peut-il apporter quelque chose dans ma manière de faire des images de train ? Peut-on considérer que, dans certains cas, cela ajoute de la « plus-value » au cliché final ? Beaucoup de choses m’échappent encore. La route de l’apprentissage sera longue et faite d’essais et d’erreurs. Vous avez devant les yeux mes premiers pas et je demande votre indulgence !

    Mes lectures sur l’approche japonaise de la photographie ferroviaire m’ont aussi donné des pistes d’exploration sur le flou-filé. Je n’aurais pas pu concevoir certaines des images présentées ici il y a quelques mois seulement.

    Enfin, un dernier point qui est moins évident à appréhender visuellement : je travaille le recadrage. Je cherche de nouvelles compositions dans la production originale en choisissant des rapports et orientations inhabituelles. Le photographe animalier Vincent Munier est très inspirant sur ce sujet.

    De retour de Clapham Junction, j’avais 700 photos sur ma carte mémoire. J’ai donc fait un premier tri qui consistait à supprimer les « déchets », les vues ratées ou sans intérêt. J’ai réduit le nombre total à 300. À la fin de ce billet, vous pourrez découvrir le premier travail de post-traitement à chaud de cette récolte. Je vais maintenant abandonner toute cette production et laisser le temps « digérer » tout cela. Je m’y pencherai de nouveau dans quelques mois, ou même dans plusieurs années, pour exhumer mes images sans les souvenirs émotionnels qui les habitaient juste après leur réalisation.


























    Note : un autre billet sur cette ville britannique est disponible sur ce blogue – Un soir à Clapham Junction

    Utilisation des clichés de cet article

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  • Photographier l’imprévisible

    Photographier l’imprévisible

    Depuis le mois de mars 2020, le monde connaît une pandémie aux proportions inattendues. Qui pouvait s’imaginer qu’une crise majeure viendrait d’un microscopique organisme ? Placé au cœur des voyages entre la France et le Royaume-Uni, mon employeur, la compagnie ferroviaire Eurostar, a été frappé de plein fouet par les restrictions en tout genre. Nous qui transportons des touristes de tous les horizons, nous avons dû stopper la circulation des trains. Aux moments les plus difficiles, un seul aller et retour roulait entre Paris et Londres. Je vous laisse imaginer les changements majeurs dans l’organisation du travail. Je ne m’étendrai pas sur ce point. Ce n’est pas l’objet de ce billet. Sachez cependant que les mesures nécessaires ont été prises pour garder les connaissances, théoriques comme pratiques, des conducteurs et ainsi garantir une sécurité maximum. De plus, les femmes et les hommes qui dirigent et opèrent cette entreprise sont conscients de la difficulté inédite de la situation. Cela signifie accepter des décisions parfois dures pour garantir la survie de ce lien franco-anglais.

    Retranscrire une ambiance

    Mais ce n’est pas le thème de ce billet. Je ne vous propose pas un reportage en image sur la situation, vue de l’intérieur. Je ne suis pas photojournaliste ! Ici, j’ai plutôt cherché à transcrire les ambiances, les impressions qui m’habitaient en ces moments tristement extraordinaires. J’ai tenté de répondre à une question : comment photographier l’imprévisible.

    Dès l’arrivée du gros des dispositions sanitaires, j’ai réalisé que j’allais vivre des instants singuliers. J’espère sincèrement que l’espèce humaine prendra la mesure de cette catastrophe une fois qu’elle sera terminée. Je fais le vœu que cet essai reste unique et qu’il ne soit pas le premier d’un ordinaire tragique.

    J’ai tenté de répondre à une question : comment photographier l’imprévisible.

    Après plusieurs semaines d’inactivité, j’ai photographié mon quotidien professionnel, y compris pendant mes coupures à Londres. Je n’ai pas utilisé mon appareil reflex. Je lui ai préféré le téléphone (de type iPhone) et deux applications : Hipstamatic et PhotoFimo. Ce choix résulte de deux considérations. La première était d’ordre pratique afin de ne pas m’encombrer. Je souhaitais également être discret pour ne pas perturber le flux des événements et des perceptions. Mais la raison principale réside dans l’instantanéité permise par les applications utilisées. Elles produisent des images définitives, déjà « traitées », et évitent de passer par la case post-traitement. Ainsi, je reste dans l’émotion initiale. Je ne rajoute pas une couche subjective, a posteriori, une fois les faits analysés — consciemment ou non — par le cerveau. Certes, je perds énormément du point de vue de la qualité. Mais je vous rappelle que je cherche à retransmettre des perceptions, des ressentis, et en aucun cas ne reproduire fidèlement une réalité neutre et froide. L’absence de netteté, les surexpositions des hautes lumières et les cadrages biscornus font de mes productions des objets « organiques », marqués des imperfections du vivant. Ce thème m’est très cher et je l’explore depuis plusieurs années. Cet essai est une étape dans cette quête.

    Le choix d’un rendu monochrome s’est imposé naturellement. Je voulais retirer toutes les sources de distractions colorées (publicités, néons…) Je trouve que le noir et blanc permet de révéler l’âme d’une scène, « l’essence » véritable du sujet photographié. Votre cerveau a moins de prise pour une interprétation logique, mentale. L’intellect et le raisonnement laissent la place à l’imagination et aux émotions.

    L’esthétisme de l’absence

    En fin de compte, le résultat de ce travail photographique est assez spontané. Dans l’album qui conclut ce billet, vous ne trouverez pas un véritable de fil directeur. Je vous présente les productions pêle-mêle, sans chronologie particulière.

    En regardant les photos choisies, j’y ai détecté une sorte « d’esthétisme de l’absence ». Ces bâtiments, avenues ou quais déserts, donnent une impression de propreté, de nouveauté. Elle est similaire à celle ressentie, par exemple, lorsqu’on prend le volant d’une voiture flambant neuve. Là-dessus se rajoute le déséquilibre résultant du vide dans des lieux habituellement peuplés. Le cas des rues désertées de Londres est l’exemple le plus saisissant. Ces images rendent compte de l’ampleur et du caractère hors du commun de la situation.

    Et malgré tout cela, les trains circulent, certes en petit nombre. Le personnel, les voyageurs ou les passants apportent une touche d’humanité salutaire. En dépit des difficultés, la vie a le dessus, telle une plante qui transperce le macadam d’un trottoir gris et morose. En ce début d’année 2021, j’y vois un message d’espoir, un optimisme photographique.


















































    Utilisation des clichés de cet article

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  • Un soir à Clapham Junction

    Un soir à Clapham Junction

    Le syndrome de l’imposteur

    Je publie régulièrement des photographies sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram et Twitter). J’utilise ces canaux pour partager mon travail, mais aussi pour susciter des réflexions. Je cherche à interroger l’amateur·ice de la chose ferroviaire. La démarche est singulière dans le milieu et elle s’écarte de la manière classique de montrer le monde du train en général. Souvent, l’intérêt porte sur le type de matériel représenté.

    Carte de situation de la gare de Clapham Junction

    Les réactions des abonné·e·s à ces trois images ont été captivantes et, je dois l’avouer, inattendues. Bien évidemment, je partage mes travaux avec l’intention d’être regardé. Mais comme je l’expliquais dans le billet revenant sur l’année 2020, je suis plutôt habitué à une absence de commentaires. Ensuite, j’ai toujours une certaine crainte quand je propose des visions singulières, voire hors cadres, hors règles. Je vois là une sorte de « syndrome de l’imposteur ». Je suis un conducteur de train qui fait des photos. J’ai du mal à me donner le titre de photographe (qui induit une notion d’art que mes productions reflètent difficilement selon moi).

    Prenons l’exemple de la troisième image (publiée le 28 septembre 2020). Elle est « floue ». Je suppose que certain·e·s trouveront que je ne manque pas d’air pour assimiler des vues ratées à un travail original. Je comprends la remarque et j’accepte complètement qu’on ne soit pas attiré par ce genre de traitement. Je peux cependant vous assurer que j’ai délibérément modifié la mise au point de mon objectif pour obtenir le résultat final. Sur le moment, je sentais que la scène avait là un potentiel créatif. Adapter ma prise de vue pour qu’elle soit floue m’a semblé la meilleure réponse technique à cet appel intérieur.

    26 septembre 2020


    Un homme observe les trains depuis la passerelle principale de la gare de Clapham Junction.

    Le faible trafic transmanche me permet de replonger dans mes catalogues de photographies. J’en profite pour travailler des images « détectées candidates » à un traitement monochrome.

    Voici une vue prise au début de cette année, en gare de Clapham Junction, près de Londres. Pendant la traversée de la passerelle principale, j’ai aperçu cet homme qui regardait passer les trains. J’ai donc sorti l’appareil et j’ai cadré « à l’instinct ». La photo n’est pas parfaite techniquement, mais le ressenti est là.

    La composition est manifestement faible. La personne n’est pas placée à un point fort de l’image et les sièges, à droite, perturbent l’équilibre de l’ensemble. Comme je l’ai rapidement décrit, cette scène m’est apparue pendant que je marchais pour me rendre d’un quai à un autre. J’étais dans le flux des voyageurs et j’ai découvert cet homme qui regardait les trains (ou peut-être rêvait-il ?). La chose qui m’est venue à l’esprit était d’exposer correctement afin de voir la scène ferroviaire reconnaissable. Cette dernière était en pleine lumière et le personnage dans un endroit sombre.

    Le passage en monochrome m’a permis de retirer les couleurs vives des rames, de sortir de la photo documentaire. Sans couleurs, il ne reste plus que le sentiment que je veux transmettre. J’ai accentué cette sensation en ajoutant du grain et du vignettage.

    « Ce regard porté vers les trains qui arrivent et repartent emmenant leur flot de voyageurs… Ça apporte une touche de mystère… » Ce premier commentaire semble indiquer que mes efforts ont porté leurs fruits. J’apprécie particulièrement ces mots, car ils montrent que le lecteur s’est approprié la scène pour en tirer un ressenti propre. Une seconde personne a précisé : « Elle [la photographie] démontre bien qu’il faut savoir saisir l’instant présent. » Ce comportement n’est pas naturel dans ma façon de photographier. Je dois le travailler et, en faisant ainsi, sortir de ma zone de confort. « Photographier (dans) l’instant présent » contribue à la formation de mon regard et j’espère partager d’autres travaux sur ce sujet dans le futur.

    27 septembre 2020


    Une rame de la ligne London Overground est prête au départ.

    Je poursuis mes traitements monochromes des images réalisées au début de cette année. Comme hier, je vous propose une photo extraite de ma série produite en gare de Clapham Junction, dans la banlieue sud de Londres. Cette bifurcation est connue pour l’importance de son trafic voyageur, uniquement composé de matériel thermique et électrique alimenté en courant grâce au « troisième rail ».

    Depuis quelques années, l’horizon se peuple de constructions. Le secteur devient « tendance » et les condominiums pour gens fortunés poussent comme des champignons. Il est à parier que, dans moins d’une décennie, la gare sera noyée au milieu des immeubles, à l’instar de Vauxhall, plus au nord.

    Cette image est celle qui a provoqué le moins de réactions des trois proposées. À première vue, elle n’est pas originale. Vous pouvez y voir un train, des tours et le nom de la gare. Vous trouvez là les éléments d’une bonne photo descriptive et elle pourrait même illustrer un article sur ce carrefour ferroviaire.

    Mon intention photographique était tout autre, plutôt centrée sur la technique photographique en elle-même. J’ai travaillé ici avec les lignes horizontales (train, quai, nom de la gare) et verticales (bâtiments, lampadaires) qui se coupent à angle droit. Cette caractéristique donne une grande stabilité à la composition. J’ai soigné cet aspect géométrique lors du post-traitement en corrigeant les perspectives sous Lightroom afin d’obtenir un résultat le plus rectiligne possible. La conversion monochrome cherche à renforcer ces lignes, éléments constitutifs de l’image.

    Au-delà de la recherche d’une certaine beauté géométrique (le matheux en moi s’est réveillé un instant !), je cherchais une façon jolie de montrer la transformation du paysage. Je connais ce secteur depuis longtemps. Les premiers trains Eurostar empruntaient les voies à quelques centaines de mètres de là. Leurs passagers pouvaient découvrir les maisons de la banlieue et, au loin, la silhouette de la ville de Londres. Au fil des années et de la spéculation immobilière, les tours ont poussé comme des champignons. Aujourd’hui, la voie ferrée est « enfermée » dans une forêt de bâtiments. La verticalité des édifices vient trancher l’horizontalité de la plateforme ferroviaire. Et cette invasion atteint désormais des villes aussi éloignées que Clapham.

    28 septembre 2020


    Un myriade de points colorés illuminent la nuit londonienne.

    Je termine mon triptyque sur la gare de Clapham Junction. Ce soir, je vous propose d’abandonner vos repères habituels. Ne cherchez pas, cette photo est « floue » et non, ce n’est pas une erreur de mise au point !

    L’obscurité de la nuit s’installant, j’ai voulu montrer les formes et les masses des arbres et des bâtiments. J’ai souhaité mettre en scène les sources lumineuses aux nombreuses couleurs. La Ville et la scène ferroviaire ont alors des allures de décorations de Noël.

    J’ai choisi ce cadrage avec la voie ferrée qui guide le regard jusqu’à la zone brillante et chamarrée. J’ai renforcé cette impression grâce au filtre radial de Lightroom.

    Celles et ceux qui connaissent un peu mon travail photographique savent mon intérêt pour « l’abstraction ferroviaire ». Pour faire simple, il s’agit de retirer un maximum d’éléments qui construisent l’image afin de ne garder que des formes, des masses ou des couleurs. Le but est atteint lorsque l’appartenance ferroviaire reste perceptible ou se devine et se comprend. Ce cliché est de cette inspiration même si beaucoup de choses sont identifiables. La suppression de la netteté escomptée, « normale », est une première étape dans l’interprétation de la réalité.

    Cette publication a reçu des commentaires positifs et ravis. Je n’en attendais pas autant, je le reconnais. Je suppose que je peux y déceler un encouragement pour présenter des travaux qui sortent de l’ordinaire. Cette photographie n’est pas parfaite d’un point de vue technique. La composition est perfectible. L’emploi d’une plus longue focale permettrait d’isoler les arbres sur la gauche et de se concentrer sur la ville. Comme je l’ai précisé dans la publication originale, j’ai ajouté un filtre radial pour obscurcir la scène. J’ai cherché à amplifier l’ambiance sombre de cette soirée pluvieuse et ainsi confirmer la puissance des points de couleur.

    Exposer l’invisible du quotidien

    Ces trois photographies constituent une tentative de ma part pour dépeindre mon impression en gare de Clapham Junction, un soir d’hiver. Vous pouvez les apprécier individuellement, mais aussi comme un tout.

    J’ai partagé avec vous quelques commentaires publiés directement sur ma page. Quelques jours après cette mise en ligne, j’ai reçu cette lettre de Julien en réaction à ces parutions. Il y présente son interprétation personnelle ainsi que son ressenti face à ces images. Il a accepté que je reproduise ses mots ici.

    Invitation au voyage.

    D’habitude [le photographe] conduit des Eurostar. Tout va vite, on est à l’heure. L’Eurostar, c’est le voyage aseptisé, standardisé, dans une conception bien particulière, fonctionnaliste, tellement éloignée du sens profond du voyage. Plus largement, le paradigme des trains à grande vitesse.

    Faudrait-il diminuer la vitesse pour changer notre perception du voyage ? C’est une piste que [Renaud] travaille dans sa photographie ferroviaire. Un style très pointu millimétré, apparemment compris par une caste de passionnés. À première vue seulement. [Sa] spécialité, c’est de capturer des instants fugaces avec un ou des flashs qui figent la scène et modifient la perception des volumes et des perspectives, voire les écrasent un peu. [Il] compose des natures mortes ferroviaires […].

    Mais cette série-là donne autre chose à voir. J’ai été immédiatement attiré. On voit du train, je suis content, invétéré ferroviphile que je suis. Ou ferrovipathe. Je ne sais jamais quel camp choisir. Le suffixe -pathe me donne toujours une connotation pathologique. En est-on à ce point quand on aime les trains immodérément ? Pourrait-on faire une gradation du niveau atteint par le virus « ferro » ? […] Ici, on montre à voir cette idée fondamentale du voyage. Le voyage essentiel, celui de tous les jours, la migration pendulaire qui représente, pour beaucoup, des heures entières. En pure perte.

    Et cette série est essentielle. Un triptyque un brin hétéroclite, qui nous expose ce qui devient à nos yeux invisible au quotidien. C’est tout le paradoxe qui structure mes propres recherches. Je ne pouvais résister à poser quelques phrases.

    Cette silhouette, c’est peut-être ce moi, ou un autre. Comme une ombre éthérée dans un couloir de transit ou une salle d’attente peut-être. Penché vers les trains, en dessous. Cette ombre se fond dans le décor. De toute façon, on ne se regarde plus dans ces zones de passage. On presse le pas. On est en retard. Si on lève les yeux, on risquerait de croiser cette silhouette, notre reflet. Elle nous dérangerait, nous interpellerait dans son insolente nonchalance, indubitablement. Alors on baisse la tête et on accélère le pas. Le contraste fort renforce ce sentiment. Et le déséquilibre des lignes nous amène dans une perception bancale. Cet instant prélevé est immédiat. Il nous questionne. Le temps est arrêté dans un espace où il ne doit pas s’arrêter.

    Le deuxième tableau est plus net, frontal. Deux forces, rapides, perpendiculaires… c’est brutal, voire brutaliste. Avec des cadres qui se font écho, qui nous donnent à voir un kaléidoscope urbain. Composée parfaitement l’image est complexe, son iconicité est forte. Cette rame horizontale est posée, fragile, instable, rendue invisible sur ces quais de gare. Vides. Déshumanisés. Encore une fois, le temps est arrêté. La rame va repartir et les immeubles continuer à croître dans leur verticalité incontrôlable. Il est tard maintenant. L’image a stoppé ce cycle, fige l’horizon d’une banlieue impersonnelle.

    Dans ce troisième tableau. La couleur vient brusquement nous arracher à notre torpeur comme un réveil salvateur. On est dans la dernière voiture, dans le sas, on quitte la ville, le temps est perceptible, allongé et élastique, flou juste, ce qu’il faut pour laisser la place à l’imagination du spectateur. Et ça, c’est très bien réussi ici, elle est contemplative en quelque sorte. Elle nous ramène au voyage, le vrai, l’échappatoire.

    Julien B.

    J’ai lu et relu ce courrier, en particulier les passages qui décrivent ce que les images, les « tableaux », évoquent à Julien. Il est tellement rare pour un·e photographe de connaître les ressentis des gens qui découvrent le travail présenté !

    Je ne publie pas cette lettre pour me lancer des fleurs. Je veux montrer l’intérêt que peuvent apporter des regards moins conventionnels, et surtout personnels, sur le monde des chemins de fer. Il faut oser suivre son instinct et partager son interprétation. Nous avons toutes et tous à apprendre et à découvrir — et redécouvrir — le monde qui nous entoure, notre domaine de prédilection : le train et son univers.

    Utilisation des clichés de cet article

    Sauf mention particulière, les photographies de ce site sont sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Cela signifie que vous pouvez librement utiliser ces photos pour votre blog, votre site ou les lier vers un sujet de forum du moment que vous mentionnez mon nom et qu’il s’agit d’une exploitation non commerciale. Dans les autres cas, veuillez me contacter par l’intermédiaire du formulaire de contact. Plus de détails sur Creative Commons France.

  • Coup d’œil sur 2020

    Coup d’œil sur 2020

    La page de l’année 2020 est tournée. Contre toute attente, cette année nous aura fait vivre des moments particuliers. Elle aura mis en valeur l’incompétence des personnes qui nous gouvernent et nous aura placé chacune et chacun face à nous-mêmes. Malgré les désagréments liés aux confinements successifs et à la baisse de ma rémunération à la suite du quasi-arrêt des circulations ferroviaires entre la France et le Royaume-Uni, 2020 ne sera pas un aussi mauvais souvenir en ce qui me concerne. Photographiquement, je n’ai pas vraiment pu faire tout ce que j’avais planifié, mais ce que j’ai fait est de très belle qualité. Je vous propose de revenir sur ces points marquants.

    Les trains de Londres

    Le gros projet de 2020 portait sur les trains dans la ville de Londres. Mes visites régulières dans la capitale britannique m’ont donné l’envie de réaliser un essai photographique sur la place particulière qu’a le chemin de fer dans la ville. J’étais également motivé par le fait que la revue américaine Trains Magazine proposait un concours sur le thème de « la ville et le train ». J’avais là l’occasion de faire « une pierre, deux coups » comme le dit le dicton.

    J’ai commencé des séances photos rythmées par les coupures dans mes journées de service. Je suis allé aux abords de la gare de Londres Paddington et Clapham Junction. J’ai aussi fait quelques repérages dans des secteurs plus urbains de Londres.Le premier confinement a stoppé cet élan ainsi que la baisse drastique du nombre des Eurostar et donc de mes disponibilités à Londres. Au moment d’écrire ces lignes (début 2021), la situation est loin d’être rétablie. Dans le meilleur des cas, ce n’est qu’en juin 2021 qu’un service plus étoffé devrait être mis en place. Autant vous dire que mon essai photographique est mis en sommeil !

    Malgré cette situation, je suis très heureux des images que j’ai ramenées. Certaines traduisent bien l’atmosphère (vous savez combien j’apprécie cela dans les photographies) britannique. Par exemple, ma visite à Clapham Junction s’est faite par temps pluvieux. Cette météo a marqué mes clichés et a renforcé le côté sombre des habitations en briques grises. Un post-traitement monochrome de certaines vues m’a permis de faire ressortir cet aspect. Si vous regardez attentivement, vous verrez que j’ai fait des images contrastées et noires. Je me suis inspiré des travaux de photographes britanniques (Colin T. Gifford) pour réaliser ces noirs et blancs. Les noirs intenses s’accommodent plutôt bien des paysages d’Outre Manche.
















    La nuit, les trains ne sont (toujours) pas gris

    Le deuxième objectif de l’année 2020 était d’immortaliser les collègues conducteurs qui travaillent de nuit, en tête de train de marchandises ou de voyageurs. J’envisageais même de me déplacer et de changer de régions. Bien évidemment, les restrictions de mouvement, plus le fait que je ne possède pas de voiture (j’en loue une pour mes déplacements) ont largement calmé mes ambitions ! J’ai cependant réussi à cumuler quelques nuits assez productives. En fin de compte, j’ai ramené peu d’images, mais de bonne qualité.

    Vous avez d’ailleurs peut-être déjà vu ces images qui ont été assez populaires et partagées. Je dois avouer que c’est assez plaisant d’avoir des retours sur son travail par des canaux qui ne sont pas ceux qui sont habituels. Quelques collègues m’ont ainsi félicité aux détours des foyers de découcher ! Mais cette notoriété m’a également valu quelques déboires de la part de cheminots et de « passionnés ». J’ai eu droit à des noms d’oiseaux et des menaces de dénonciations aux autorités compétentes. À l’heure des réseaux sociaux et de la disparition des « filtres », beaucoup de gens n’ont plus peur de rien derrière le relatif anonymat des écrans d’ordinateur.

    Je prends ces « menaces » au sérieux et cela explique pourquoi je me concentre sur les trains de collègues pour mes images nocturnes. Il est clair que ces comportements de plus en plus fréquents sont un frein à mes productions ferroviaires (et pas uniquement de nuit).










    Une grosse baisse de motivation

    J’ai profité du premier confinement (en France) pour proposer des « stories » sur Instagram. J’ai partagé mes lectures et mes découvertes sur le web. J’ai également publié ma newsletter de façon régulière en m’appliquant à offrir un contenu de qualité et qui pouvait servir de source d’inspiration aux lectrices et lecteurs. Tout ceci m’a demandé un travail conséquent de documentation et de réalisation.

    Malheureusement, tous ces efforts ne m’ont conduit qu’à très peu de retours. Le nombre d’inscrit à la newsletter, par exemple, est resté ridiculement bas. La fréquentation du site n’a jamais été aussi faible. Les rares sujets populaires sont ceux qui ont un parfum de « trains d’autrefois ». Dès que j’essaie de mettre en avant une opinion, un concept photographique différent ou une réflexion, la quantité de vues devient minimale. Et quand je découvre certains blogues avoir des milliers de visites et surtout de nombreux commentaires grâce à des images toutes pourries de matériel en nouvelle livrée ou d’acheminements exotiques, ma motivation en prend un grand coup.

    Voilà l’explication de l’arrêt des envois de la newsletter et des publications sur le site. Cela s’est même traduit par une diminution de mes lectures ferroviaires. Mon intérêt se porte de plus en plus vers l’astronomie, une passion de jeunesse. Le monde ferroviaire et ses fanas ne m’attirent plus vraiment. J’ai cependant pris la plume pour rédiger ce billet, cela signifie peut-être que tout n’est pas perdu !

    Et pour 2021 ?

    Vous aurez compris qu’en ce début d’année, je suis assez indécis. J’espère pouvoir continuer à produire des images nocturnes. Car même si le rendement de telles réalisations est faible, le résultat est toujours très satisfaisant. Satisfaisant pour moi, mais également pour le ou la collègue qui a été modèle. J’aimerais aussi maintenir le blogue en vie, à écrire des histoires. Je vais probablement créer un chapitre consacré à l’astronomie, dans le but de partager mes explorations stellaires.

    Pour terminer ce billet, je vais reprendre une phrase extraite d’un jeu vidéo que je découvre en ce début d’année ? Dans Disco Elysium, le personnage principal à l’occasion de peindre un mur dans une ville délabrée. Plusieurs choix s’offrent au joueur. J’ai écrit « quelque chose de merveilleux va arriver ». Voilà ce que je souhaite à toutes et tous, humains et non-humains, pour cette nouvelle année.

    Utilisation des clichés de cet article

    Sauf mention particulière, les photographies de ce site sont sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Cela signifie que vous pouvez librement utiliser ces photos pour votre blog, votre site ou les lier vers un sujet de forum du moment que vous mentionnez mon nom et qu’il s’agit d’une exploitation non commerciale. Dans les autres cas, veuillez me contacter par l’intermédiaire du formulaire de contact. Plus de détails sur Creative Commons France.