Une exploration du BanalPar Le

Comme je l’indiquais dans le texte de présentation de ces chroniques, je souhaite ouvrir mes pages à des photographes et des artistes que j’aime. Des personnes qui ont une regard et une vision particulière sur la Photographie Ferroviaire. Des individus source de réflexion, d’inspiration. Nous commençons ce que je souhaite être une longue série d’articles d’invités. Merci à François Iliovici, mon ami et partenaire dans feu Images & Trains d’essuyer les plâtres !

‘’Il y a des hommes si usés à la foule qu’ils n’ont plus de visages…’’
– LANZA DEL VASTO

La foule s’engouffre, dans un flot continu et frénétique, dans les accès aux stations. Elle est ensuite régurgitée dans les centres urbains. Cette foule pendule, entassée dans les rames ferroviaires, pour de courts ou longs voyages qui n’invitent pas vraiment à la découverte, de l’aube jusqu’aux dernières lueurs du jour. La même scène se répète vingt-quatre heures sur vingt-quatre, tout autour de la terre, dans les grandes villes … bienvenue dans une Exploration du Banal.

Mon exploration du Banal

Ces scènes exercent sur moi une fascination visuelle. Elles sont une immense chorégraphie improvisée, mais homogène. On peut y apercevoir une foule de visages, souvent marqués par la fatigue, des regards perdus ou hagards, des vécus individuels, des émotions diverses… Des individus qui finissent par ne même plus se voir ou s’entendre lorsqu’ils se croisent, perdus dans leurs smartphones ou leurs pensées… À chacun son histoire, mais tous ont un point commun : courir après le temps, sous la pression du stress, pour arriver à l’heure au travail.

Cela peut paraître étonnant de trouver le Banal aussi intéressant, tant il ne semble n’y avoir que peu d’intérêt et d’humanité dans cette foule en mouvement. Pourtant, c’est-ce que j’aime photographier : j’essaye de restituer des scènes qui s’apparentent à des tranches de vie, avec mon regard et ma sensibilité. C’est aussi un témoignage de ce que nous sommes et de notre façon de vivre. Parfois, en allant à la rencontre de ceux que je photographie, en croisant toutes ces vies, je découvre une histoire qui se raconte.

Août 2009 – Je viens fraîchement d’immigrer au Québec. Après les longues démarches administratives d’arrivée, j’ai un peu de temps libre pour aller faire une balade photo dans le métro de Montréal. J’arrive à la station Sherbrooke et je m’exerce à tirer le portrait d’une joueuse de harpe. Deux personnes arrivent pour prendre sa suite, les emplacements étant réservés à l’avance. L’homme s’aperçoit rapidement que je prends des photos et commence à me sourire, puis s’approche. Nous entamons une discussion sur nous, les raisons notre présence dans ce couloir. Je lui montre les photos faites de lui. J’apprends que lui aussi vient d’arriver de Suède, qu’il est Danois. Il passe l’été à faire de la musique avec son amie iranienne. Ensemble, ils jouent dans les métros de Stockholm, Copenhague, Montréal… Puis ce sera New-York avant leur retour en Europe.
Nous avons passé un bon moment à discuter de nos voyages. Je lui ai envoyé les photos par courriel. Nous nous sommes depuis perdus de vue. De tout cela, il restera une photo, pas géniale j’en conviens, mais aussi (surtout) le très bon souvenir d’une belle rencontre.

Modus operandi

Que ce soit dans les villes où j’ai vécu ou celles que j’ai visitées, mon modus operandi reste le même. Je m’équipe du minimum, pas de sac, juste un boîtier, le plus petit possible afin de rester discret. Idéalement, je favorise le réglage par molette sur le dessus de l’appareil sans passer par un écran, toujours pour une question de retenue. Il me semble important de souligner que quand je parle de discrétion, je ne vole pas les photos. J’assume mon geste. Je souhaite cependant rester discret, que la personne photographiée ne s’en aperçoive qu’au dernier moment. En procédant ainsi, je suis capable de me fondre dans la masse et d’avoir des expressions faciales les plus naturelles possible. Pour ce qui est des focales, elles sont de préférence fixes et en dessous de 50mm. Je peux alors aller au contact de la foule ou englober une scène. Il est important que mes optiques soient lumineuses, idéalement f2.8, car je ne photographie jamais au flash.

Il me semble important de souligner que quand je parle de discrétion, je ne vole pas les photos. J’assume mon geste.

Puis m’inspirant des travaux de Robert Frank ou Walker Ewans, les pionniers du genre photographique qu’on appelle la « photographie de rue », je me laisse aller sur les quais ou dans les couloirs en m’attachant à fixer pour l’éternité les scènes qui m’inspirent. Et que ce soit à Montréal, Bruxelles, Boston ou Stockholm, je cadre mes sujets sur le moment. Je ne choisis mon post-traitement que lors du tri des clichés, au retour de mon voyage exploratoire dans les entrailles de la cité. J’aime aussi, au fil du temps, redécouvrir mes photos accumulées ces quinze dernières années. Et je constate que quelles que soient les époques, tous ces « voyageurs du banal » se ressemblent terriblement. Dans un harmonieux et chaotique ballet entre l’humain et le train, ils permettent un heureux mélange entre la photographie de rue et la photographie ferroviaire. Et ils sont là, devant vous, figé pour l’éternité.

François ILIOVICI

Invité

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