Photographie monochrome et matériel moderne, une contradiction ?Par Le 03/12/2017

État de la Photographie Ferroviaire en Noir & Blanc en 2018

Pendant des décennies, les photographes n’ont pas eu d’autre choix que de produire des clichés noirs et blancs et ceci pour des raisons technologiques. La couleur est arrivée avec la pellicule puis la diapositive. Aujourd’hui, nos (coûteux) appareils photos sont équipés de capteurs qui nous permettent d’immortaliser le monde avec des milliers de nuances. Alors quand un auteur propose une vue monochrome d’un sujet ferroviaire, ce n’est pas par hasard.

La plupart du temps, le choix du noir et blanc est fait pour des raisons spécifiques et non créatives. Cela est le cas, lorsque l’on veut contrecarrer une balance des blancs douteuse. Ou bien lorsqu’on veut donner une ambiance nostalgique à un cliché (dans le cas d’une locomotive à vapeur ou de matériel ancien par exemple).

Certains intégristes insistent sur le fait que la seule photographie noire et blanche digne de ce nom est celle sur pellicule. Produire un cliché monochrome à partir d’un support numérique est alors une hérésie pure et simple !

De la Photographie Ferroviaire Contemporaine Numérique monochrome

Alors pourquoi travailler le « monochrome numérique » en 2018 ? Laissez moi vous expliquer pourquoi les vues noires et blanches produites par un capteur électronique constituent une démarche créative originale pour la Photographie Ferroviaire en ce début de XXIè siècle.

Tout d’abord parce que les amateurs d’aujourd’hui ont à leur disposition une gamme d’outils importants pour créer des vues monochromes impressionnantes. Cela va des appareils photos équipés de capteurs CCD grands formats stabilisés (permettant de réaliser des clichés en faible lumière) aux logiciels puissants permettant d’exploiter la richesse des fichiers numériques produits. Nik Silver Efex Pro en est un et pour certains, il s’agit d’une véritable chambre noire numérique. Ce programme permet de faire toutes les manipulations qui étaient faisable dans les labos photo traditionnels. Et cela pour un coût moindre (pour le porte-monnaie mais également l’environnement) puisque l’amateur n’a plus à utiliser de nombreux produits chimiques plus ou moins toxiques.

Au-delà du simple aspect technique, la principale motivation de travailler la photographie noire et blanche est ce que j’appelle « l’esprit du monochrome ». Sans couleurs, on retire une des principales sources de distraction. On peut alors se concentrer sur le message du cliché et révéler de nombreuses choses (des formes, des textures, des détails,…) qui seraient difficilement détectables dans une scène en couleur. En d’autres mots, on met en lumière un monde inconnu au commun des mortels !

… quand on photographie une personne en couleur, on photographie ses vêtements. En noir & blanc, on photographie leur âme. Je suis […] persuadé que cela est vrai également pour une locomotive …

Le journaliste canadien Ted Grant l’a affirmé : « quand on photographie une personne en couleur, on photographie ses vêtements. En noir & blanc, on photographie leur âme. » Je suis intimement persuadé que cela est vrai également pour une locomotive ou toute production industrielle. Prenez l’exemple de la BB26000 ci-dessus. Le traitement monochrome du cliché renforce l’aspect géométrique du sujet : les lignes caractéristiques de la locomotive répondent aux formes anguleuses des wagons.

Une image plus forte en Noir & Blanc

Sur son blog, Eric Kim (photographe de rue de renom) explique que lorsqu’il photographie en monochrome, il peut plus facilement communiquer et transmettre ses ressentis, ses émotions et ses pensées. Produite sciemment, une vue monochrome renforce de façon importante la vision de son auteur.

La photo ci-dessus a été prise en gare de Marseille-St-Charles. En couleur, ce n’est que la photo ordinaire d’un TGV Duplex qui est prêt à partir, sous un généreux soleil provençal. Travaillée en noir & blanc, l’important contraste crée de la tension à la scène. Le train devient alors une flèche dorée pointant sa destination. On pourrait même y voir une allusion au légendaire train « la Flèche d’Or » qui reliait Paris à Londres.

Chacune des photographies présentées dans cet article peuvent être regardée en détail afin de découvrir comment le traitement monochrome les renforce. Elles sont une invitation à entrer dans l’ère du « Monochrome Digital ». Mais attention, il ne s’agit pas de simplement appuyer sur le bouton « passer en noir et blanc » de votre logiciel de post-traitement favori. Vous devez vous poser quelques questions. Est ce que l’image est suffisamment forte en monochrome ? Comment est son contraste ? Quelle est la gamme de ton globale ?

Pour être prêt à travailler la Photographie Ferroviaire Contemporaine en monochrome, je vous invite à lire de nombreux livres, à dévorer les blogs de photographes, de visiter des expositions … et d’expérimenter tout simplement ! Vous ouvrirez alors la porte sur un monde d’infinies possibilités.

MonochromeOpinion

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