Photo au flash : un montage de basePar Le 20/05/2019

Régulièrement, je reçois des demandes de conseil par différents canaux (réseaux sociaux, page contact de ce site, etc) concernant la photo ferroviaire de nuit au flash. Ce procédé se démocratise doucement et même si un équipement minimal demande un budget non négligeable, cette technique devient de plus en plus accessible. Dans ce billet, je vais aborder un schéma « de base » concernant le placement des lumières. L’intérêt de ce schéma est de ne placer aucune source lumineuse dans le champs de vision du conducteur. Je l’utilise assez régulièrement.

Avant de continuer la lecture de ce billet, je vous rappelle que vous pouvez retrouver les bases de la photographie nocturne au flash dans un article dédié. Tout le détail du vocabulaire utilisé ainsi que les divers données techniques (supports, valeurs des réglages pour les prises de vue) y sont expliqués.

 

http://ezo-fukuro.art/photo-ferro-au-flash-les-bases/

1er juillet 1995. La BB15025 assure la traction du dernier train postal entre Strasbourg et Paris.

Voila la chose à ne pas faire, la configuration à abolir !

 

Le 1er juillet 1995 était le dernier jour de circulation des trains postaux entre Strasbourg et Paris. Inspiré par mes lectures de l’époque (la revue Voies Ferrées pour ne pas la citer), je suis allé tenter de tirer le portrait de cet ultime passage dans « ma » gare, celle de Dombasle-sur-Meurthe. Je me suis posté sur le quai, le bon vieux Practika équipé d’un flash Metz… et j’ai photographié la BB15025 et ses allèges postales.

Le résultat, vous l’avez devant les yeux : le parfait exemple à ne pas suivre ! Le train n’est quasiment pas éclairé alors que le quai est quasiment surexposé ! Heureusement pour le conducteur, l’angle de prise de vue a fait que son regard est protégé par le trumeau central du pare-brise de la machine. Je fonctionnais là avec la logique des prises de vues diurnes : un éclairage dans le dos. Cette logique est un des principaux obstacles en matière de photo de nuit au flash. Pour exceller dans cet art, il faut se départir de ses habitudes. Plus facile à dire qu’à faire me direz vous !

La configuration utilisée

Je vais vous présenter deux cas qui répondent à une configuration que j’appelle « en parallèle ». Comprenez par là que les lumières servant à éclairer la scène sont placées en parallèle de la voie ferrée. Il faut donc un lieu où les abords des voies sont dégagés sur quelques centaines de mètres. Un endroit où il est possible de placer les flashes en zone publique, sans pénétrer dans les enceintes ferroviaires !

 

Avant de passer à l’installation proprement dite, voici le côté matériel de la chose :

  • l’appareil photo est un Sony A7ii équipé d’un focale variant de 35mm à 55mm
  • la télécommande est une Godox X1t qui me permet de modifier les paramètres de puissance des flashes à distance
  • deux flashes Godox AD360 (numérotés A et B)
  • deux flashes Godox V850ii (numérotés C et D)

Les communications se font par ondes Wifi.

Configuration de base de phtos nocturnes au flash
Cas 1 : Sorcy

Pendant quelques dizaines de kilomètres, la voie ferrée Paris – Strasbourg longe le Canal de la Marne au Rhin. Les anciens chemins de halage offrent des points de vue originaux. C’est le cas dans le secteur de l’usine de Chaux de Sorcy. L’endroit est paisible et permet une installation des flashes assez facile. Enfin, le trafic est assez conséquent puisqu’une majeure partie des trains circulant du Nord au Sud de la France y passent. Leur flux vient s’ajouter à celui empruntant la ligne 1 d’Ouest en Est.

Train de gaz à destination des installations de Carling emmené par une E37500 d'Europorte.

La compagnie ferroviaire Europorte dispose d’une importante base à Lérouville. Elle l’utilise comme point de relève et d’échange de locomotives. Cette E37500 est en tête d’une rame de gaz en provenance du complexe lyonnais et à destination de la plateforme pétrochimique de Carling. La nuit n’était pas encore complète. J’ai pu récupérer de la texture dans les nuages et le ciel lors du post-traitement.

Notez que j’étais en contact avec le conducteur du train qui m’a confirmé la faible gêne occasionnée par la prise de vue appuyée par les flashes.

Voici la configuration lumineuse utilisée pour prendre la photo ci-dessus :

Schéma des lumière du cas 1 - Sorcy

L’appareil photo était équipé d’un zoom Zeiss 24-7mm f2.8 réglé sur la distance focale de 50mm. Pourquoi ce choix pour placer les flashes ? Les trois premières lumières (A, B et C) ont pour rôle d’éclairer le train en lui-même (et accessoirement le canal situé juste devant). Remarquez que la face avant du train est éclairé même si la source lumineuse est parallèle à la voie. D’autre part, l’intérêt de la lumière D est d’éclairer les arbres en arrière-plan, à droite. Il est important d’apporter des éléments de décor afin que le cliché final ne soit pas celui d’un train avec un ciel noir.

Cette configuration a un inconvénient cependant : le premier plan est dans le noir. Ici, ce n’est pas gênant puisque cela permet de découper des feuilles. Les plantes ressortent alors en ombres chinoises. Une façon d’éclairerce premier plan sombre (sans gêner le conducteur) est de faire une autre vue avec cette zone éclairée (utilisation d’un des flashes, d’une lampe). Il suffira alors de fusionner a posteriori ce premier plan sur la photo du train avec un logiciel de type Photoshop. Une alternative est d’utiliser un cinquième flash équipé d’un nid d’abeille afin de concentrer les rayons lumineux sur la zone concernée.

 

Vous avez le pouvoir de décider ce qui sera vu ou non en plaçant vos lumières de façon adéquat.

 

Quand vous pratiquez la photo ferroviaire nocturne au flash, vous devez avoir à l’esprit une chose primordiale. Vous devez vous appliquer quant à la composition de votre image finale. En effet, vous avez le pouvoir de décider ce qui sera vu ou non en plaçant vos lumières de façon adéquat. De même, je suis un fervent partisan de l’emploi des zones d’ombre pour donner du cachet et la profondeur à votre cliché. Cela n’est pas forcément évident sur ce cliché et vous vous rendrez mieux compte de ce que je veux dire dans l’étude du cas 2 un peu plus loin dans ce billet.

 

Voici ce que donne les éclairages produits par chacun des flashes et le résultat global :

Ci dessous, une autre photographie prise le même soir mais une obscurité plus importante.

La BB27030 assure la traction de l'autoroute ferroviaire AFPL à destination de Bettembourg.

La nuit est complétement tombée alors que se présente sous mon objectif l’autoroute ferroviaire VIIA AFPL. C’est la BB27030 qui est en charge du train 30092 Perpignan – Bettembourg. L’eau du canal permet d’apporter de la texture en jouant avec les reflets.

Cas 2 : Soulosse-sous-St-Elophe

Soulosse est une commune traversée par la ligne 15 Dijon – Toul. Cet endroit est connu pour la présence d’un imposant viaduc permettant à la voie ferrée de traverser la vallée du Vair. Le site choisi pour cette photo nocturne n’est pas à proximité immédiate de ce viaduc mais à l’extrémité Nord de la commune, près du village de Ruppes. L’intérêt du site choisi est la présence d’une forêt en surélévation par rapport à la voie, offrant ainsi un décor original.

La BB27043 est photgraphiée en tête de l'autoroute ferroviaire Britannia à destination de Calais.

Depuis l’année 2018, la société VIIA a ouvert une nouvelle relation pour son service d’autoroute ferroviaire (transport de remorques de camion). Ce service s’appelle Britannia et relie Calais avec Sud de la France. Sur ce cliché, la BB27043 est en charge d’un convoi à destination du Nord de la France.

Voici la configuration lumineuse utilisée pour prendre la photo ci-dessus :

Schéma des lumière du cas 2 - Soulosse

Ici, j’ai choisi une configuration un peu différente de la précédente. En premier lieu, j’ai choisi d’alterner les flashes plus puissants (AD360 oranges) avec les plus petits (v850ii bleus). Ce choix me permet d’avoir une puissance plus importante pour éclairer les arrière-plans, parfois sur des distances éloignées. La seconde différence avec le Cas 1, c’est la position du flash D, face au photographe.

 

Placer ce dernier de cette façon a deux avantages en matière de composition d’image. Tout d’abord, cela permet d’éclairer le premier plan et éviter un éventuel montage avec Photoshop. De plus, cet éclairage « à contrejour » permet d’apporter une texture intéressante grâce à la présence d’ombres. Le deuxième avantage d’un tel éclairage est de s’assurer de l’absence de lumière parasite pour le conducteur. Et encore mieux : la totalité de la face de la cabine est dans l’obscurité ! Seuls les fanaux ressortent ainsi que la forme caractéristique de la locomotive. A condition que l’arrière plan soit bien éclairé, cela donne une certaine puissance au cliché. Cela permet surtout de sortir de la photo classique avec un ciel noir au lieu de bleu, complétement plat tonalement parlant.

 

Et histoire de bien se rendre compte des zones éclairées par chacun des flashes, les voici chacune à part :

Voila vous avez désormais de bonnes bases pour faire de la photographie ferroviaire nocturne au flash. N’oubliez pas qu’il faut penser différemment que lors des prises de vue diurnes. Comme sur le cliché du cas 2, on peut se placer avec le « nord dans le dos ». Les paramètres de choix d’un bon coin photo sera la facilité de placer ses lumières ou l’originalité du décor. Et une fois ces bases bien intégrées, libre à vous de tenter de nouvelles choses quitte à rater des clichés.

 

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Technique

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