Mont-sur-Meurthe, Pk 380.5

Tout est parti d’une photo. Je l’ai partagée sur Twitter et une question sur l’étendue des infrastructures (disparues) m’a été posée. J’ai répondu en expliquant le passé ferroviaire de ce lieu, carte à l’appui. Je vous propose ici un billet qui aborde le sujet de façon plus complète.

La BB15017 (Saint-Avold) assure la traction du train 1604 Strasbourg — Paris. Février 2006.

Un destin lié à la ligne 23-7

La halte de Mont-sur-Meurthe se trouve au Km 380.5 de la ligne qui relie Paris à Strasbourg, entre les gares de Blainville-Damelevières et Lunéville. Comme l’étendue de la vue ci-dessus le laisse imaginer, une jonction ferroviaire d’importance régionale existait ici.

La gare était le point d’origine d’une ligne à voie unique à ayant comme terminus Bruyères (dans les Vosges). La SNCF l’a répertoriée sous le numéro 23-7 (du réseau de l’Est de la France).

La ligne 23-7 en quelques dates

07-12-1862

Concession de ligne d’intérêt local de Lunéville à Gerbéviller à l’Entreprise Parent-Pécher et Cie.

Cet acte est la première péripétie d’une histoire qui va durer dix ans. Gerbéviller était une région riche en houblon, un élément indispensable dans la fabrication de la bière. Les producteurs durent endurer la faillite du concessionnaire initial puis la guerre entre les communes du secteur.

28-10-1882

Mise en service du tronçon Mont-sur-Meurthe — Gerbéviller.

Les premiers trains circulent sous les couleurs de la Compagnie de l’Est. Trois aller et retour parcourent la ligne.

10-10-1902

Mise en service du tronçon Rambervillers — Bruyères

(photo extraite de l’Encyclopédie Générale des Transports)

Il s’agit de la première étape de la réalisation d’une liaison entre Bruyères et la ligne Paris-Strasbourg. Elle promettait un débouché pour les industries textiles de la vallée de la Vologne.

28-12-1911

Mise en service du tronçon Gerbéviller — Rambervillers.

La desserte sera interrompue pendant la Première Guerre mondiale à cause de la destruction du pont sur la Meurthe, juste après la gare de Mont-sur-Meurthe.

(photo extraite du livre « Le chemin de fer en Lorraine », Éditions Serpenoise)

01-01-1934

L’exploitation est affermée à la Compagnie de chemins de fer secondaires (CFS). La CFS deviendra la Société Générale des Chemins de fer et Transports Automobiles (CFTA).

Un service mixte marchandise-voyageur sera assuré sur la ligne jusqu’à la fin de la traction vapeur en 1968. Un autorail prendra alors la relève. Le nombre de trains baissera de quatre aller et retour à un seul avant la mise sur route.

31-05-1980

Fin du service voyageur. L’exploitation sera reprise un peu plus tard par la SNCF.

01-06-1988

Fin du service marchandises

Nov. 1993

Déclassement du tronçon Mont-sur-Meurthe — Rambervillers.

C’est la première étape qui conduira à la disparition complète de la ligne en 2003. De nos jours, il reste une dizaine de kilomètres utilisés par une attraction touristique de type vélo-rail.

Comme souvent dans la réalité ferroviaire française, tout ceci n’est plus qu’un souvenir. L’existence même de l’arrêt est régulièrement remise en question.

La photo d’origine date de février 1999. La BB15017 (baptisée Saint-Avold) roule en direction de Paris avec le train 1604. Au moment de la rédaction de ce billet (juillet 2020), cette machine circule toujours au départ de la gare de Paris Saint-Lazare.

La composition de la rame illustre parfaitement l’adaptabilité du chemin de fer à cette époque. Afin de faire face à un afflux de voyageurs, trois voitures UIC-couchette (en position jour) ont été rajoutées en tête du convoi.

Un coin photo à plusieurs facettes

Si je possède autant de clichés réalisés aux alentours de la gare de Mont-sur-Meurthe, cela s’explique par son éclairage. Les vastes espaces libérés par les emprises ferroviaires de la ligne 23-7 permettaient au soleil d’illuminer les convois très tôt, quelle que soit la période de l’année. Un autre intérêt existe pour le photographe : la présence d’un pont qui autorise des vues en surélévation en fin d’après-midi.

Carte de l'ancienne bifurcation de Mont-sur-Meurthe.

Vous pouvez imaginer comment j’ai savouré l’âge d’or de la ligne Paris — Strasbourg dans ce secteur. Avant la mise en service de la ligne à grande vitesse, les rames tractées se succédaient au crochet des mythiques locomotives BB15000. J’ai aussi profité du trafic TER à destination de Lunéville et Saint-Dié, longtemps assuré par des Éléments Automoteurs Diesel (EAD). Les trains de marchandises étaient plus rares. Ils étaient principalement en provenance des carrières de Raon-l’Etape ou du triage de Strasbourg-Hausbergen.

Une autre particularité de cette section de la ligne à destination de Strasbourg était la présence de marches d’essais en tout genre. La faible fréquentation aux heures creuses m’a permis d’observer et photographier des rames TGV coréennes, des ICE allemands ou des « trains très longs ».

Je ne fréquente plus trop ce secteur de nos jours. Une première raison tient dans la chute de trafic ferroviaire engendré par l’ouverture de la LGV Est. Mais c’est surtout l’installation de centaines de mètres de grillages qui empêche tout accès aux coins intéressants. Il ne reste donc que quelques images que je vous propose de découvrir maintenant.

À ne pas rater dans la galerie d’images !

Le coin des derniers trains.

La possibilité de photographier des convois une bonne partie de la journée, et ceci, quelle que soit la saison a fait de Mont-sur-Meurthe l’endroit parfait pour immortaliser des circulations particulières. Dans la collection d’images, vous pourrez découvrir le dernier Mozart en rame autrichienne ou l’ultime train de nuit en provenance de Vienne.

Des trains d’essai.

Parmi les nombreuses circulations inhabituelles qui ont fréquenté cette zone, vous découvrirez une rame ICE3M mais surtout cette BB16500 bariolée. Elle a assuré une longue période de tests (plus de 6 mois) en tête de « trains longs » (de 500 m à 1500 m). Le thème de l’étude portait sur les réactions de convois de grandes longueurs, en particulier lors des freinages d’urgence.

Des TER en rames tractées.

La région Lorraine avait commandé des modernisations de voitures Corail afin d’assurer des relations TER dans des conditions de confort optimales. Ces rames ont desservi Longwy, Révigny-sur-Ornain, mais aussi Saint-Dié. Les mythiques BB15000 étaient en charge de ces trains.

De nouveaux opérateurs.

L’ouverture à la concurrence du trafic marchandises a permis à de nouveaux opérateurs de circuler sur les rails lorrains. Vous pourrez découvrir deux machines de la compagnie (déjà) disparue Véolia Transport (ex Connex).

Les mythiques BB 15000.

Si vous êtes amateur·ice de nez cassés, vous allez être servi, car les BB15000 (du dépôt de Strasbourg) sont omniprésentes dans la galerie d’images. Vous les découvrirez en tête de trains de voyageurs internationaux, de Corail, de TER, mais aussi de train de marchandises !

D’autres informations figurent dans la légende qui accompagne chacune des photographies de la galerie. Je vous rappelle qu’elles sont sous licence Creative Common. Vous pouvez les utiliser et les publier gratuitement, du moment que vous indiquiez que j’en sois l’auteur !

Si mon travail vous plaît, n’hésitez pas à le partager et à en parler sur les réseaux sociaux.

L’album photo

Je vous rappelle que vous pouvez afficher les images en grand format en cliquant dessus. Cette fonction est également disponible sur téléphones mobiles. Vous pouvez passer d’une photo à l’autre en la « glissant ».

Les Trains du Quotidien

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