Impressions coréennes

Affichage en hangul (écriture coréenne) des départs et arrivées en are de Busan.

Mon deuxième voyage en Corée du Sud m’a permis d’approcher un petit peu les chemins de fer de ce pays. Je mets donc à profit les longues heures passées dans l’avion qui me ramène en France pour vous écrire ces impressions coréennes.

Le point du vue du photographe

Si vous êtes amateur·rice de trains et que vous voyagez à l’étranger dans un but pas forcément ferroviaire, vous connaissez ce sentiment qui apparaît à la vue d’une voie ferrée. Notre regard cherche à deviner si la surface du rail brille, le moindre signal, aiguillage ou bout de quai nous fait vibrer.

 

J’ai vécu la même chose en Corée, mais avec une frustration énorme : la plupart des infrastructures sont surélevées, souterraines ou entourées de mur antibruit de plusieurs mètres de haut. Autant vous dire que si un angle de vue intéressant se présente, une adaptation de dernière minute de l’emploi du temps s’impose !

Un train omnibus "Mugunghwa" est surpris au crochet d'un machine thermique du type GT26CW-2.

Le train 1953 relie Busan à Suncheon, plus à l’ouest. Il est photographié le long de la rivière Nakdong et va s’arrêter dans la petite gare de Wondong. Ces trains omnibus, aux vitesses beaucoup plus lentes que les KTX plus connus, sont appelés Mugunghwa (hibiscus en coréen) dans les documents horaires. Ils peuvent être tractés par des machines électriques ou thermiques, en fonction des lignes parcourues.

 

Ici, la locomotive de tête est de la série 7400. Son aspect « à l’américaine » trahit son fabricant : EMD (fabriquée par Hyundai en Corée). Pour les amateurs·rice·s de chiffres, c’est une GT26CW-2 (une version à l’export des mythiques SD40-2) et elle a le surnom de 특대 (teugdae) qu’on pourrait traduire par « la massive ». Un peu plus de cent cinquante machines de ce type ont été construites et elles sont fréquemment observab

Lors de ma précédente visite, une occasion s’est offerte près de la ville de Suncheon. Malheureusement aucun convoi ne s’était montré. Cette fois-ci, j’ai retenté ma chance sur l’axe historique reliant les deux plus grandes villes de Corée : Séoul et Busan. Ma patience a été récompensée avec le passage de plusieurs trains de voyageurs en une heure. Les livrées et compositions ne sont pas extraordinaires, j’en conviens. Je suis cependant persuadé que des opportunités existent qu’un séjour plus orienté vers le ferroviaire devrait mettre en lumière.

Le point de vue du voyageur
Etiquettes des équipements d'une rame KTX-I

Mes voyages se déroulent en individuel (je ne suis pas vraiment amateur des séjours en groupe ou complètement organisés) et généralement je loue un véhicule. Mais pour ma dernière visite en Corée, j’ai réussi à inclure un parcours en train, entre Busan et Séoul. Ma femme et moi avons emprunté le KTX, le train à grande vitesse de la compagnie nationale Korail.

Son aspect ne m’est pas inconnu puisque j’ai pu en voir un à l’essai entre Strasbourg et Blainville au début des années 2000 ! En effet, la base de ce matériel de vingt voitures est similaire à celle du TGV atlantique. Une dizaine de rames a été construite en France et le reste en Corée grâce à un transfert de technologie. L’élément (numéro 006) qui nous a transportés fait justement partie du lot français. Un rapide coup d’œil aux armoires électriques sur les plateformes d’accès le rappelle tout de suite : les coupe-circuits et autres appareils ont des étiquettes identiques à celles qui équipent n’importe quel TGV Inoui !

Mise à quai du train 126 à destination de Busan. La rame est du type KTX-I (1ère génération) à comparer au KTX-II en arrière-plan).

Il est un peu plus de 9 h 55 et le train 126 à destination de Séoul se met à quai. Le départ est prévu dans vingt minutes. La rame 006 est du type KTX-I et a été fabriquée en France, dans les usines Alsthom.

 

Sur la voie contiguë stationne un train de la compagnie SRT, l’opérateur à grande vitesse concurrent de Korail (j’y reviendrai plus loin). La rame a été construite en Corée et est du modèle KTX-II appelé plus couramment KTX-Sancheon. 산천 (Sancheon) est une espèce de saumon local et dont la forme a inspiré les designers de ce matériel.

Le pays étant composé à plus de 70 % de montagnes, les traversées de tunnels se succèdent. Les paysages de rizières et d’importantes zones urbaines sont alors comme comme des cartes postales éphémères entre deux espaces sombres. Les ouvrages d’art sont vertigineux avec des bifurcations ou des haltes parfois posées sur des ponts de plusieurs dizaines de mètres de haut !

Les paysages de rizières et d’importantes zones urbaines sont alors comme comme des cartes postales éphémères

En un peu plus de deux heures quarante, nous avons franchi les 387 kilomètres qui séparent Busan de la capitale coréenne. Une gêne circulation sur la section de ligne classique autour de la ville de Daejeon a retardé notre train de trois minutes. L’arrivée à la gare Centrale de Séoul, au cœur de la ville et connectée à un important réseau de métro est appréciable. À titre d’exemple, l’aéroport d’Incheon est à une petite heure de transport dans le meilleur des cas.

Gros plan sur l'anneau d'intercirculation d'un rame KTX-II de la compagnie SRT.

Cette vue est une interprétation monochrome qui illustre l’anneau d’intercirculation d’une rame KTX-Sancheon de la compagnie SRT. Cette dernière est le concurrent unique à l’opérateur historique Korail en matière de trains à longue distance. Elle a été fondée en 2014 et a commencé son activité commerciale en 2016 depuis le terminus de Suseo, dans le district de Gangnam à Séoul. Elle dessert exclusivement les gares des deux principales lignes à grande vitesse du pays (vers Busan au sud-ouest et Mokpo au sud-est).

Vous aurez compris que la Corée du Sud est un pays mystérieux avec des chemins de fer développés. Malheureusement, la littérature sur le sujet en anglais (et même en coréen) est très pauvre et se limite à quelques articles sur Wikipédia vieux de quelques années. Les photographies purement ferroviaires sont également très rares.

Quelques liens pour vous permettre d’en découvrir plus sur les chemins de fer en Corée du Sud :

Une présentation du rail coréen sur Wikipedia (en anglais)
Une série d’articles de Densha otaku 365 lors de sa visite en Corée du Sud en 2017 (en français)
Mon essai photographique sur le métro de Séoul : âmes de Séoul

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