Images de cheminotsPar Le

Le John E. Gruber Award, organisé par le Center for Railroad Photography & Art (CRPA), avait pour sujet en 2019 « Images de cheminots ». Comme vous avez pu le découvrir dans ce billet du 24 mai, le jury a retenu un de mes portraits avec mention honorable.

 

Le thème se répartissait en deux catégories : travaux en couleur et en monochrome. Chaque participant avait la possibilité de présenter trois clichés. Dans cet article, je vous propose de vous dévoiler toutes les vues qui m’ont servi de vivier pour choisir celles retenues pour concourir. Mais je ne vais pas me contenter de partager des galeries de photos. Je vais exposer mon cheminement et les réflexions qui ont abouti à ces réalisations.

Sortir de sa zone de confort

Cela fait quelques années que je participe aux concours du CRPA. Mais lorsque j’ai vu le thème de cette année, j’avoue avoir été décontenancé.

 

Au travers des billets de ce blogue, vous pouvez découvrir mon approche du monde des chemins de fer. Je n’hésite pas à tester des choses avec plus ou moins de succès. Mais toujours, mes travaux sont des « natures mortes » qui dépeignent l’univers ferroviaire sous ses aspects techniques (train, signalisation) ou plus esthétiques (railscaping). Le « facteur humain » apparaît rarement. Il se limite à des vues dans les transports, souvent réalisées au téléphone portable (comme dans ce billet consacré à Séoul). Je vous avoue être mal à l’aise lorsque j’essaye de tirer le portrait de mes contemporains ainsi que des collègues cheminots. Je n’ai pas vraiment le « feeling » et j’envie celles et ceux qui sont capables de révéler l’âme d’un sujet. Les rares fois où j’ai tenté de le faire, les résultats ont été décevants.

 

Je vous avoue être mal à l’aise lorsque j’essaye de tirer le portrait de mes contemporains ainsi que des collègues cheminots. Je n’ai pas vraiment le « feeling » et j’envie celles et ceux qui sont capables de révéler l’âme d’un sujet.

 

Donc à la découverte du thème du concours, j’ai pris le temps de la réflexion. Et puis je me suis dit que sortir de ma zone de confort et de prendre des risques serait formateur. Et puis en dernier lieu, ce sera vous, fidèles lectrices et lecteurs, qui serez les véritables juges de la pertinence et de l’intérêt de mon travail.

 

Alors pour avoir des idées et des sources d’inspirations, je me suis tourné vers ma bibliothèque. J’ai longuement regardé les portraits réalisés par Jack Delano pendant la Seconde Guerre mondiale. J’ai aussi feuilleté « Jours de Fret », un ouvrage avec des photos de Jean Gaumy et de Harry Gruyaert de l’agence Magnum. Ils ont immortalisé de belle façon les divers métiers reliés au fret ferroviaire.

 

Doucement, des idées me sont venues.

Angélique, conductrice de tram-train

Commençons avec la série couleur, celle d’où est tirée la photo retenue par les juges du CRPA.

 

Angélique ne m’est pas inconnue. C’est une collègue et amie. Elle a un jour découvert la conduite des trains et s’est donnée à fond pour réussir à arriver là où elle est à présent. J’espérais illustrer cette prouesse, cette détermination à réaliser son rêve. Je souhaitais aussi montrer que les femmes pouvaient pratiquer des métiers qui autrefois étaient réservés aux hommes.

 

Mais surtout, je voulais « rendre la pareille » à Angélique. En effet, cette jeune maman a étudié la photographie et m’a fait l’honneur de me tirer le portrait alors que je faisais mes derniers tours de roue en tête des trains de banlieue. Je m’étais juré que si un jour elle accomplissait son rêve de devenir conductrice, je saurais la remercier.

 

Je suis donc arrivé un matin sur la ligne Esbly – Crécy-la-Chapelle avec mon Sony A7ii chaussé d’un 24-70mm f2.8. J’ai rapidement réalisé l’exiguïté de la cabine des rames Siemens Avento utilisées pour parcourir les quelques kilomètres de cette ligne à voie unique. Ajoutez à cela un soleil impitoyable à l’origine de contrastes de fou et vous avez une idée du défi auquel j’étais confronté. Heureusement, les longues périodes d’attente entre deux trains nous ont permis de tester différentes choses.

À l’origine, j’imaginais cette série en monochrome. Et lorsque j’ai découvert la couleur des cheveux d’Angélique, je me suis dit que je ne devais pas passer à côté ! Ne connaissant pas le matériel Avento ni la ligne, je n’avais pas vraiment d’idées de départ. La matinée photo s’est donc déroulée à l’instinct, en laissant parler ma créativité. Parfois, je cherchais divers cadrages au grand angle (24 mm). Plus tard, je tentais des vues plus serrées où je débouchais quelques ombres au flash.

 

Voici la série qui en a résulté. Les trois premières images sont celles que j’ai proposées pour le concours. La première est celle qui a reçu une mention honorable.

Autoportraits en monochrome

Pour la seconde série de clichés, j’ai voulu tenter quelque chose de plus original, de plus particulier, de plus personnel. Étant cheminot moi-même, pourquoi ne pourrais je pas être mon propre sujet ?

 

Le cap du « j’ose me tirer le portrait et montrer ma tronche au public » passé se posait une question technique. Comment me prendre en photo dans mon quotidien professionnel ? Une fois de plus, les évolutions technologiques allaient me simplifier la tâche. Le Sony A7ii peut en effet être télécommandé grâce à une application installée sur une tablette ou un téléphone portable. Je n’avais plus qu’à me mettre à l’ouvrage.

 

Depuis que je travaille chez Eurostar, je suis à la fois conducteur et chef de train. J’ai donc cherché à illustrer les différentes facettes de ma profession. Et je ne me suis pas borné à ma seule présence à bord des rames. J’ai en effet voulu montrer les « à cotés » du métier. Le résultat est une petite série monochrome que je vous présente ci-après. Le temps imparti étant limité, la quantité de photos produites est faible.

Avec un peu de recul…

Comme vous pouvez vous en douter, j’ai passé un certain temps à préparer ce concours. Aussi, au moment où j’ai reçu le mail du CRPA qui m’annonçait qu’un de mes clichés avait obtenu une mention honorable, mon sentiment s’est partagé entre joie et déception : déception de n’avoir pas fini sur le podium et joie de découvrir mon nom figurer dans le palmarès final. Et cette dernière sensation s’est renforcée lorsque j’ai appris que 117 photographes avaient proposé plus de 300 vues couleur.

 

Ce concours m’aura permis de sortir de ma zone de confort et de m’essayer au portrait. Je me rends bien compte d’une certaine similitude entre mes deux séries. Elles illustrent toutes les deux le travail de conducteur, avec des angles parfois similaires. J’espère bien persévérer et tenter de nouveaux cadrages, d’autres sujets. En attendant, je vais scruter les réactions à ce billet et voir comment vous, lecteur, appréhendez la façon dont je l’ai traité.

Itinéraires Créatifs

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