Hello GoodbyePar Le

Hello Goodbye

Tel était le titre de l’édito du numéro 327 (Janvier 2006) du magazine américain CTC Board Illustrated (aujourd’hui Railroad Illustrated), un édito signé Paul D. Schneider (PDS), le Rédacteur en Chef de l’époque. Ce numéro à la mise en page sortant de l’ordinaire fit scandale. Les photos de type « carte postale » ou « calendrier des postes » habituellement proposées par le magazine avaient – en partie – fait place à des approches plus artistiques. Un article de Scott Lothes, en particulier, attira les foudres des plus intégristes des amateurs de « trains en photo ». (Scott est aujourd’hui à la tête du Center for Railroad Photography & Art, une institution qui promeut tous les aspects artistiques liées au ferroviaire et en particulier la photographie.)

La photographie qui provoqua le plus l’ire des lecteurs de CTC Board fût celle représentant la salle d’attente de la gare de Prince, en Virginie Occidentale. Intitulée « Après le train », elle illustre le quotidien de cet arrêt desservit seulement par un train dans chaque sens. Les références ferroviaires ne manquent pas : tableau des départs Amtrak au fond de la salle, le chaton qui dort (logo du Chessie System) ou tableau des opérations minières surplombant la scène.

 

Pour des lecteurs habitués à des trains en action, le plus souvent au soleil, le cliché n’avait aucun intérêt. Dans son article, Scott Lothes précise que sa démarche est de « capturer l’essence du chemin de fer et montrer ses relations – passée, présente et future – avec le paysages et les gens qui l’entoure ».

 

Aujourd’hui la gare de Prince est fermée et ce cliché à une valeur historique importante. D’ailleurs, ce genre de « natures mortes ferroviaires », où le train n’est pas forcément présent devient de plus en plus populaire. Paul D. Schneider a agit en véritable pionnier en montrant ce style photographique à un milieu essentiellement intéressé par le matériel que par la photographie en elle-même.

Après seulement six mois en tant que rédacteur, PDS avait mis un coup de pied dans la fourmilière ce qui ne fut pas du goût de tout le monde. Ce numéro resta unique.

Un homme curieux et en dehors des cases

Paul est décédé dimanche 17 février 2019 après plusieurs années de lutte contre la maladie. Il me laisse le souvenir d’un homme bousculant les idées reçues et poussant à la réflexion sur les domaines de la photo ferroviaire, de la publication et plus généralement de la créativité.

Demander à ces […] photographes de se remettre en question et de sortir des sentiers battus obligera ou encouragera les plus créatifs à réaliser et à soumettre des images qui sortent de l’ordinaire et qui véhiculeront ainsi un autre aspect du chemin de fer

J’ai échangé avec lui à l’époque où j’animais le projet Images & Trains. Les échanges se passaient en particulier via le yahoogroup « Obscar », un espace où la plupart des rédacteurs, auteurs et photographes de la scène ferroviaire américaine débattaient. Apprenant que j’avais écrit des articles sur le Wisconsin Central et l’Alaska Railroad (pour le magazine français Objectif Rail), Paul m’a demandé à voir une copie, curieux qu’il était de découvrir comment le sujet avait été traité par un non américain.

 

Il n’hésitait pas à encourager des recherches créatives. Dans le cadre d’Images & Trains, François Iliovici et moi avions lancé un thème : « wagons et créativité ». Plusieurs photographes français avaient répondu à l’appel. Lorsque j’ai évoqué cette démarche sur Obscar, voici ce que Paul répondit : « Demander aux photographes ferroviaires les mêmes photos en ligne ensoleillées donnera lieu à un tsunami des ces mêmes photos en ligne ensoleillées. Demander à ces mêmes photographes de se remettre en question et de sortir des sentiers battus obligera ou encouragera les plus créatifs à réaliser et à soumettre des images qui sortent de l’ordinaire et qui véhiculeront ainsi un autre aspect du chemin de fer ».

Sa présence et son état d’esprit va me manquer. Paul maîtrisait l’art de poser les questions qui dérangent, qui provoquent la réflexion et ainsi se remettre en question et avancer. Je garde en mémoire une citation du réalisateur Sam Peckinpah, citation qui accompagnait la signature de Paul dans ses publications sur Obscar : « As long as you provoke a reaction, you’re done your job. If they jump to their feet and scream for your head, or give you a standing ovation, either way you’ve succeeded. The only time you’ve failed is when you get no reaction at all. »

« Tant que vous provoquez une réaction, vous avez fait votre travail. S’ils se lèvent et crient pour réclamer votre tête, ou s’ils vous ovationnent debout, dans les deux cas vous avez réussi. La seule fois où vous aurez échoué, c’est quand vous ne recevrez aucune réaction du tout. »

Repose en paix Paul.

Opinion

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