Et pourtant, elles tournent !Par Le 09/07/2019

Roue. Nom féminin. Disque pouvant tourner, permettant à un véhicule de rouler.
Essieu. Nom masculin. Longue pièce placée transversalement sous un véhicule, aux extrémités de laquelle on pose les roues.
Bogie. Nom masculin. Chariot à deux ou trois essieux sur lequel est articulé le châssis d’un véhicule ferroviaire (wagon, locomotive) pour lui permettre de prendre les courbes.

Le contact rail-roue. Toute la raison d’être du transport ferroviaire tient dans ces quatre mots. Grâce à lui, l’être humain a réussi à déplacer des milliers de tonnes de marchandises sur des centaines de kilomètres. Toute la société industrielle en a découlé, projetant les bases de la civilisation moderne.

 

Comment peut-on faire des roues (et des organes de roulement en général) un sujet photographique, qui plus est d’une façon créative ? Si vous vous attardez sur le problème un petit peu, vous réaliserez que ce n’est pas simple à première vue. Dans ce billet, je vous propose une galerie d’images accumulées au cours d’une douzaine d’années. Je vais vous exposer ma manière d’aborder ce thème. Ma réponse à la question initiale tient en deux mots : mouvement et détail.

Des pièces en mouvement

Pour une première approche de ce thème, j’ai employé la technique du flou-filé. Je la rappelle brièvement : suivre un objet en mouvement et prendre une succession de photos à vitesse lente (1/30 s par exemple). Les énormes trains américains ou australiens ont été d’excellents sujets à cause de leur longueur et de la diversité des bogies utilisés.

 

Quand le filé est réussi, le résultat est très agréable à regarder. Malheureusement, cela devient répétitif à la longue. La planche 18 propose une variante où je n’ai pas cherché à rendre l’organe de roulement net. La force de ce cliché vient de la présence du voyant vert qui indique que le frein est desserré.

Planche 14 : High key d'un bogie d'un wagon de charbon (1/25s f6.3 6400ISO). Septembre 2018. [Silver Efex]

Essieu en mouvement, façon high key.
La photographie high key se caractérise par une surabondance de luminosité dans une image. Elle utilise un éclairage anormalement abondant pour éliminer la plupart ou la totalité des tonalités sombres. Ici, j’ai obtenu cet effet en post-traitement en augmentant les contrastes et la luminosité des zones claires à l’aide de Silver Efex Pro. J’ai également rajouté du grain afin de renforcer la matière de l’ensemble. Toutes ces manipulations tendent à styliser le sujet photographié.
La vue originale a été prise en septembre 2018 en Australie. Ce bogie supporte un wagon de transport de charbon dans la Hunter Valley.

Entrons dans les détails

En y regardant de près, tous les éléments qui constituent les organes de roulement offrent de nombreuses aubaines photographiques. Vous pouvez d’ailleurs le constater dans la galerie où la proportion des vues en plan rapproché est quatre fois plus importante que celles en mouvement.

 

La corrosion est une véritable artiste !

 

Le premier intérêt de ce genre de cliché est de mettre en lumière des détails qui nous échappent. En guidant le regard du public, le ou la photographe fait apparaître une esthétique ignorée.
Je pense que cette dernière provient essentiellement des textures disponibles sur ces pièces mécaniques. La crasse est présente en abondance et sous diverses formes (terre, poussière des semelles de frein, etc.) Et sur les matériels arrêtés depuis un long moment, et souvent abandonnés, la rouille fait son œuvre et sculpte de magnifiques structures. La corrosion est une véritable artiste !

Sticker permettant d'enregistrer les températures atteintes sur un bogie de Z20500.

Le diable se cache dans les détails.
Cette image est un gros plan de la planche 4. J’ai pris cette photo en juin 2010. Elle montre la boîte d’essieux d’une rame Z20500 utilisée sur la ligne D du RER parisien. Pendant quelques semaines, les ateliers avaient mené des analyses pour connaître les températures maxima des organes de roulement des automotrices. Ici, on peut voir que la chaleur de la boîte a atteint au moins 62 °C.

Conter des histoires

Que ce soit en mouvement ou à l’arrêt, les roues et tout ce qui y est rattaché sont de formidables vecteurs pour raconter des histoires. Les quelques encarts illustrés de ce billet en sont l’exemple.

Avec un tel thème, le simple aspect documentaire de la photographie ferroviaire devient rapidement monotone et sans intérêt. Une vision plus subjective est dès lors impérative. En ce qui me concerne, j’ai utilisé différents composants de la suite Nik (Color, Analog et Silver Efex) pour travailler le rendu d’une partie des clichés que je vous propose aujourd’hui. Je précise tout cela dans les légendes des différentes images (visibles lors de l’affichage en plein écran).

Planche 20 : "La roue qui saigne". Détail de la zone de contact rail-roue un jour de neige. Janvier 2010. [Silver Efex]

La roue qui saigne.
Je suis photographe ferroviaire depuis presque vingt-cinq années et cette image est une de celle que j’aime le plus. J’ai réalisé cette prise de vue en janvier 2010. Ce jour-là, j’effectuais un train de banlieue sur la ligne D du RER. La première partie de ma journée consistait à amener une rame à vide des garages des Joncherolles jusqu’à Corbeil-Essonnes. Peu avant mon arrivée, la neige a commencé à tomber sous forme de petites billes. Arrêté à l’entrée de la gare sur une voie de service, je suis descendu de la cabine pour exécuter un rapide contrôle des organes de roulement.
Cette scène s’est offerte à mes yeux. Une partie de la couche blanche présente sur le rail s’était accumulée sur la roue. L’échauffement provoqué par le freinage a entraîné la fonte de celle-ci, donnant naissance à cette traînée que j’ai assimilée à un saignement.
Une nouvelle fois, j’ai utilisé Silver Efex Pro pour travailler ce cliché monochrome. J’ai apporté un soin particulier sur la coulure (augmentation des noirs) et les grains de neige (augmentation des blancs et de la structure de l’image).

La collection ci-dessous vous présente donc mon approche du sujet avec des photos prises sur une période de douze ans.

Itinéraires Créatifs

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